DIALILOQUE ENCHANTÉ

“Dialiloque” est un néologisme croisant les termes « dialogue » et « soliloque » –
nom masculin : retranscription d’échanges de vues entre des « parties » (organes, valeurs, traits de caractère, facultés…) d’une seule et même personne.     

A mon cœur, j’avais dit : « C’est inopinément

Que je te sens saisi du Sentiment Suprême. »,

Le raisonnant ainsi, inquiet qu’il me surprenne :

Me voici d’Elle épris au moins Passionnément ! 

 

Alors je renchéris : « C’est tout à fait dément !

Elle est bientôt partie là-bas, au sud de Brême ! ».

Mais il me répondit : « Quand on a vu sa Reine,

Le monde est tout petit au cœur d’un homme aimant ! ».

 

Emu, je le repris : « Il vaut mieux que se taise

Cet Amour qui, hardi, peut lui causer malaise ;

Econduit et meurtri, tu en ferais les frais ! ».

 

De mes peurs faisant fi, mon cœur se fit rebelle,

Scandant à l’infini : « Ô grand Dieu, qu’Elle est Belle ! » :

A mi-mot, je l’admis : « Ô pardieu, c’est si Vrai… ! ».  

 

                                                                                                        « Joachimson »      

EX-VOTO

(A “saint” René Descartes des Scientifiques)

(Citation de Catherine Clément)

Ô saint Descartes, vous ; patron des Scientifiques,

Contre les errements de nos semi-savants,

Nos devins devenus et autres charlatans ;

Cultivez en nos cœurs vos doutes méthodiques !  

              

Lorsque nous subissons des temps catastrophiques,

Nous cédons aux discours d’auto-promus sachants

Qui vont dans nos journaux et sur tous nos écrans

Pérorer sans l’appui de données véridiques.  

 

Choisissant, ô René, de ne pas recourir

Au process par lequel se laisse découvrir

Par les esprits soigneux la fiable connaissance,   

 

Ils déversent sur nous leurs élucubrations

Qu’ils nous voient accueillir par des célébrations

Depuis les hauts sommets… de la Méconnaissance.

                                                                                                      (Joachimson)   

SOCIOTRAGEDIE : CONDITION DES PERSONNAGES ET NATURE DES SUJETS TRAITES

Nico 10310 – Wikipedia.

             Dans notre exploration des douze caractéristiques de la sociotragédie que figure l’ « alexandrum » (sociotragique), le moment est venu d’en aborder les points    « 3 » et « 4 », portant respectivement sur la « condition des personnages » et la           « nature des sujets traités ». Sur ces deux thèmes, il apparaît que, aidée en cela par la sociologie, la sociotragédie s’éloigne sensiblement des perspectives habituellement adoptées par la tragédie classique.   

3). Condition des personnages : du Landerneau aristocratique à l’horizon de l’humanité

            Il faut, sans ambages, le reconnaître tout net : la tragédie classique s’est constituée dans la culture d’un penchant élitiste revendiqué ! Ce choix, perceptible dans l’ensemble des caractéristiques du genre, l’est donc aussi s’agissant de la détermination de la condition des personnages éligibles aux pièces qui en relèvent. Ainsi, lorsqu’elle s’inspire de péripéties de la vie de personnalités historiques, la tragédie classique ne s’intéresse qu’à des « personnages de haut rang » issus de l’ « aristocratie de sang » ou encore de l’ « aristocratie d’épée ».

            Une des tragédies les plus célèbres l’illustre à merveille : Le Cid (1637) de Pierre Corneille. Au sein du couple mythique que forment Chimène et Rodrigue, la jouvencelle est la fille de Don Gomès, comte de Gormas, et son amoureux a pour géniteur Don Diègue qui, comme l’indique la complainte à laquelle il se livre suite au « soufflet » reçu du comte, s’est « blanchi dans les travaux guerriers » et que son fils ne tarde pas à imiter à l’occasion d’une bataille livrée contre les Maures.   

            Mais il arrive aussi que les personnages de la tragédie classique ne soient pas (tous) humains, dans ce cas, les auteurs font alors intervenir différentes entités telles que des Valeurs, des Concepts ou des divinités. Ici également, c’est surtout l’importance, la prééminence, le prestige ou le pouvoir attribués aux entités retenues qui dictent aux auteurs le choix d’en faire des personnages de tragédie. De fait, la mythologie gréco-romaine a fourni bon nombre de personnages à la tragédie classique.

             Un bel exemple du procédé conduisant à mêler dans une tragédie dieux, concepts et humains nous a été légué par le dramaturge Claude Boyer (1618-1698) dans sa « pièce à machines » Les Amours de Jupiter et de Sémélé (1666), dont la dédicace est à Louis XIV qui, en outre, est celui dont, dans la scène 2 du premier acte notamment, les Muses respectives de la tragédie et de la comédie, Melpomène et Thalie, se disputent les faveurs ; rien de moins ! 

           A contrario et sous l’influence de la sociologie, la sociotragédie ne reprend pas à son compte l’idée d’admettre comme personnages des pièces entrant dans son giron des figures autres qu’humaines. La sociologie et la science sociale dans son ensemble, particulièrement lorsqu’il est question du projet fondateur de l’anthropologie (sociale et culturelle), aspirent à rendre raison de l’expérience que font tous les humains de la vie en société, autant individuellement que collectivement ; c’est donc le décryptage de la manière dont cette expérience s’inscrit dans l’histoire de l’humanité à travers ses variations contextuelles qui constitue la raison d’être de ces disciplines scientifiques.    

            Mais si la sociotragédie, qui n’est pas une science mais (seulement) un genre théâtral, n’a pas pour ambition de faire une étude objective de l’expérience de la vie sociale, elle peut en revanche, pour élaborer les intrigues de ses pièces, puiser dans l’histoire de l’humanité des événements : réels ou imaginaires du moment que ces derniers restent « réalistes » ; passés, contemporains ou d’anticipation à condition qu’ils demeurent « vraisemblables ».

4). Nature des sujets traités : de la dominante politique à l’éclectisme thématique

            Pour composer l’intrigue d’une tragédie classique, la « recette » est presque toujours la même : prenez un conflit politique, ouvert ou larvé, impliquant des membres de l’aristocratie puis, le cas échéant, pimentez-le d’une querelle amoureuse sous le schéma des amours contrariés, remuez le tout ; ainsi votre tragédie est prête à être réalisée pour ensuite être servie au public ! Il n’y a pas de mystère à la prédominance de sujets politiques au sein du répertoire de la tragédie classique, cela n’étant que la conséquence, somme toute logique, de l’obligation faite aux auteurs d’avoir des personnages gravitant autour des milieux du pouvoir.

            Si la dimension politique n’est quasiment jamais exclue d’une tragédie, et que le tourment amoureux y figure souvent en bonne place, d’autres aspects de la vie sociale, comme la religion, par exemple, et singulièrement lorsqu’il est explicitement question d’un « sujet biblique », ont pu être abordés par différents auteurs. C’est ce dont témoigne, bien que « non biblique » mais historique, la pièce Le Coligny (1744 [1740]) de François-Thomas-Marie de Baculard (1718-1805) traitant du massacre de la Saint-Barthélemy, événement au sein duquel s’entremêlent effectivement des considérations politiques et religieuses avec, en arrière-plan, un mariage princier défavorablement accueilli par une partie importante des catholiques.   

            Quant à elle, et suivant en cela la sociologie, la sociotragédie se veut nettement plus ouverte s’agissant des thématiques susceptibles de constituer la base des intrigues des pièces qui s’y rattachent. Science de la société dont elle apparaît, aux côtés de l’histoire et de l’anthropologie, comme l’une des disciplines les plus généralistes, la sociologie ne s’interdit, a priori, l’investigation d’aucun des divers domaines des activités des êtres humains. La politique, l’économie, l’éducation, la culture, le sport, les loisirs, l’alimentation, la famille, les sociabilités, l’environnement, la santé, la communication, les inégalités, la science, la religion, bref ; tous les sujets relatifs à l’expérience que les individus et les groupes font de la vie sociale peuvent légitimement y être étudiés avec, pour les chercheurs, différents niveaux et axes de spécialisation, bien évidemment.   

            La sociotragédie fait sien ce large éventail thématique et laisse toute latitude aux auteurs de déterminer, pour chaque pièce, la dimension sociale dominante dans l’élaboration de l’intrigue. Cependant, ce genre requiert que le sujet traité dans le cadre de la construction de cette intrigue puisse refléter ce que l’on désignera ici comme une « question de société » :                

  • Qui ne peut se confondre avec ce que, dans les médias singulièrement, l’on nomme « phénomène de société » pour désigner, en réalité, un « phénomène de mode » (ex., le selfie est devenu un véritable phénomène de société) ; si ce type de faits peut intéresser la sociotragédie puisqu’il y a bien des individus et groupes qui en font l’expérience, son champ thématique ne s’y cantonne donc absolument pas.
  • Qui ne désigne en particulier, notamment en termes d’importance ou de prestige dans l’organisation d’une société, aucun des divers domaines de la vie sociale évoqués ci-dessus. Ainsi, l’on pourrait spontanément penser que l’intrigue d’une sociotragédie est plus à même d’incarner une « question de société » qu’elle s’inscrit dans les milieux politique ou d’affaires. Seulement, le contexte social et sanitaire actuel, façonné par la pandémie due au Covid-19, nous montre à quel point moult professions des plus socialement dévalorisées (éboueur, chauffeur-livreur, caissière…) figurent aujourd’hui parmi les « activités dites essentielles » tandis que, dans « les non essentielles », se trouvent relégués des métiers qui, en temps ordinaire, sont les plus en vue (avocat, architecte et autres businessmans). 
  • Qui, quel que soit le milieu social dans lequel s’insère l’intrigue, implique, dans le traitement que l’auteur fait de son sujet, un questionnement qui, au-delà du sort des seuls personnages évoluant dans la pièce (autrement, l’on se retrouverait plutôt dans le cadre du « drame »), s’ouvre sur l’ensemble de la vie sociale en termes de relations mutuelles entre les individus ainsi qu’entre ces derniers et les institutions, de manière à engager la dimension la plus collective que l’auteur puisse donner à son sujet (au niveau d’une ville, d’une région, d’un pays, d’un continent ou même de la terre entière). Pour se représenter plus simplement cette idée, que l’on songe à la manière dont, à la faveur du traitement médiatique qui lui est donné, un événement qui aurait pu finir dans la rubrique des faits divers se retrouve à faire la une.   

             Il semble que, dans la pièce Le Mauvais œil traitant du sort du lanceur d’alerte Gabriel Margeand, le sujet écologique de la défense d’une forêt inutilement menacée pour des considérations bassement mercantiles, puisse aisément apparaître comme porteur d’une « question de société ». Dans L’Amendement Ramy en cours d’écriture, le questionnement porte sur les conséquences sociales de l’ambition du généticien Xavier Pes de se voir reconnaître le droit d’expérimenter son test de détection des déterminants génétiques de la violence ; le sujet controversé de l’existence de tels gènes (dits aussi de l’agressivité ou du crime) défrayant par moments la chronique à la faveur de la publication d’une nouvelle étude semblant accréditer cette thèse.