VIA LA SOCIOLOGIE ; DE LA TRAGEDIE CLASSIQUE A LA SOCIOTRAGEDIE

Avec en point de mire la médiation scientifique par l’art, la « sociotragédie » que présente ce blog est un genre théâtral né de la transformation de caractéristiques propres à la tragédie classique à partir d’éléments puisés en science sociale et en sociologie notamment. Cependant, si c’est bien en partant de la science que l’on reconsidère la tragédie, la « sociotragédie » appartient, sans ambiguïté, au domaine artistique et l’outillage scientifique convoqué ne s’y rattache que comme source d’inspiration. A l’arrivée, la sociotragédie produit donc des « pièces de théâtre réalistes du point de vue du fonctionnement de la société » mais qui ne peuvent nullement prétendre au statut de « travaux de recherche scientifiques ».

Conséquemment, toute personne dotée, d’une part, de la fibre artistique avec un attrait particulier pour le théâtre classique et, d’autre part, d’une curiosité certaine pour le travail d’élucidation de la vie sociale conduit au sein des disciplines académiques dont c’est la tâche, peut donc tout à fait librement et légitimement s’adonner à la sociotragédie. 

                        

TRAGEDIE VS SOCIOLOGIE

Tirant ses prémices de la « tragédie grecque » puis de la « tragédie humaniste » de la Renaissance, la « tragédie classique » française atteint son apogée au XVIIe siècle avant de péricliter progressivement au cours du siècle des Lumières. Aussi, dans le théâtre contemporain, contrairement à la « comédie » ou au « drame » qui semblent avoir su traverser les siècles, la « tragédie » n’existe quasiment plus comme genre à part entière bien que le « registre tragique » puisse effectivement transparaître de certaines œuvres. 

Comme chacun le sait, la tragédie classique a la réputation d’être un genre très codifié et même, au goût de beaucoup, trop « corseté ». Son écriture passe en effet par le respect de ses fameuses « règles » dont on trouvera le rappel, entre autres, sur le site didactique etudes-litteraires.com :

– https://www.etudes-litteraires.com/figures-de-style/tragedie.php

La mise en pratique de telles règles ainsi que l’appropriation, parfois très personnelle,  qu’ont pu en faire différents auteurs ont donné lieu à d’admirables pièces. C’est donc ici l’occasion de saluer le remarquable travail de publication abattu par le site theatre-classique.fr mettant à disposition bon nombre de tragédies largement méconnues :

– http://www.theatre-classique.fr/pages/programmes/PageEdition_tragedie.php                  

De son côté, dans le sillage du mouvement des Lumières, la sociologie se structure  comme discipline scientifique en France à partir des années 1880 et obtient sa pleine reconnaissance académique sous l’impulsion d’Emile Durkheim (1858-1917) qui occupe, pour la toute première fois, une « chaire de sociologie » en 1913 en Sorbonne. De fait, Durkheim est reconnu comme étant le fondateur de l’ « école française de sociologie ».

Ainsi baptisée par le philosophe Auguste Comte (1798-1857), la sociologie est, à l’origine, la science qui étudie les « phénomènes sociaux » en s’efforçant de découvrir, suivant la logique positiviste, les lois qui régissent les relations humaines et institutionnelles dans les divers domaines de la vie en société (politique, famille, travail, culture, religion…) à l’instar de ce qui se fait en physique ou en chimie.

Il faut bien admettre qu’aujourd’hui les choses ont profondément changé en France comme à l’international s’agissant de la conception et des ambitions de cette science continûment tiraillée par des antagonismes, apparemment indépassables, entre ses multiples « écoles », « courants », « paradigmes », etc. La sociologie contemporaine, que l’on dit « en crise », est une science en quête d’unité et qui doit faire face à une variété de questions portant, par exemple, sur sa définition ou sur son positionnement au sein de la société, comme en témoignent les contributions au débat initié par la revue SociologieS sur « la situation actuelle de la sociologie » :

– https://journals.openedition.org/sociologies/3547

Ceci étant, il ne faut pas non plus, en dépit de cette absence d’unité, occulter le fait que certains « courants » ou « paradigmes » ont indéniablement contribué à une compréhension juste et poussée du fonctionnement de la vie en sociétés humaines. C’est par exemple le cas de ce qu’aujourd’hui on nomme « approche dispositionnaliste » pour désigner une (vieille) tradition de recherche conduisant à éclairer la façon dont le passé des individus continue d’influencer, souvent de manière inconsciente et sous la forme de « dispositions sociales », leurs habitudes de penser et d’agir dès lors qu’elles demeurent en adéquation avec les nouveaux contextes sociaux dans lesquels évoluent les personnes et les groupes considérés.

Sous l’appellation de « structuralisme génétique », Pierre Bourdieu (1930-2002) est assurément celui qui, bien au-delà du monde académique, a popularisé cette tradition « dispositionnaliste » reconnaissable à la part belle qu’elle fait à des concepts tels que « disposition sociale », « socialisation », « passé incorporé », « reproduction sociale », « domination sociale », « ordre social/stratification sociale », « légitimité culturelle », « capital (culturel, social, économique, symbolique) », etc. Comme petite introduction à la manière dont cette « sociologie dispositionnaliste » aborde les phénomènes sociaux, l’on pourra utilement consulter l’article qu’Emmanuelle Zolesio a consacré, en 2010 dans le numéro 10 de la revue Interrogations, au travail théorique et empirique nécessaire à la distinction des « dispositions féminines et masculines » dans le domaine des études de genre :

–  https://www.revue-interrogations.org/Dispositions-feminines 

LA SOCIOTRAGEDIE COMME OUTIL DE MEDIATION SCIENTIFIQUE

C’est en s’inspirant grandement, mais pas exclusivement, de cette « approche dispositionnaliste » en science sociale que l’on a procédé à la restructuration de la tragédie classique pour donner vie à la « sociotragédie » dans une perspective qui s’inscrit dans la grande diversité des initiatives de médiation scientifique par l’art. Celles-ci semblent concerner aujourd’hui une large palette de disciplines académiques, que ce soit en sciences de la nature ou en sciences humaines et sociales, dans un rapprochement art/science qui prend des formes et des modalités variables selon les disciplines et les penchants des différents porteurs de projets.

A titre purement illustratif, l’on se bornera ici à renvoyer la/le lectrice/lecteur aux présentations faites de quelques projets dont :

– L’exposition itinérante Vous avez dit Radioprotection ? Histoire de rayons X, de radioactivité et de radioprotection ouverte au grand public dès 2007 dans l’agglomération de Montbéliard et dont ont traité, dans un article de 2010 dans La lettre de l’OCIM, Jean-Yves Bernaud, Michel Brière et Jacques Lochard :  https://journals.openedition.org/ocim/182

–  L’apéro des Brasseurs de sciences qui, dans la ville de Toulouse, propose des soirées de médiation scientifique sur divers thèmes comme celui de « Œuvres Art-Science : quelles perspectives pour la médiation ? » retenu pour la 12e rencontre organisée le 18 janvier 2019 et dont Léna Robert a livré un bien sympathique récit : https://www.echosciences-sud.fr/communautes/les-brasseurs-de-sciences/articles/oeuvres-art-science-quelles-perspectives-pour-la-mediation-retour-sur-l-apero-des-brasseurs-de-sciences-12 

–  Le festival des sciences sociales Allez Savoir dont la première édition, à l’initiative de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) en partenariat avec la ville de Marseille, s’est tenue du 25 au 29 septembre 2019 avec pour thème « En finir avec la nature ? » : https://www.allez-savoir.fr/ 

Quant à elle, la constitution de la « sociotragédie » repose sur des réformes introduites au sein de la tragédie classique au sujet de ses caractéristiques majeures dans un parallèle établi avec des éléments auxquels ces dernières sont associées en sociologie et singulièrement, comme indiqué ci-dessus, au sein de l’ « approche dispositionnaliste ». Le fruit de cette transfiguration de la tragédie via la sociologie prend la forme d’un tableau synthétique baptisé « alexandrum (sociotragique) » ; dénomination inspirée par la douzaine de pieds que compte le vers emblématique de la tragédie tout comme le nombre d’éléments sur lesquels s’opère la comparaison (bien que, en réalité, les deux derniers soient sans objet pour la sociologie).

En passant de la théorie à la pratique, la sociotragédie s’est incarnée pour la première fois en 2016 dans la pièce (inédite) Le Mauvais œil qui, cette année-là, a obtenu le prix d’encouragement de la Commission nationale d’Aide à la création des textes dramatiques d’ARTCENA (novembre 2016). Dans les chroniques à venir, l’on pourra s’y référer pour illustrer, deux par deux, les transformations ainsi opérées au sein des éléments de la tragédie ou évoquer, à l’occasion, la deuxième sociotragédie (en cours d’écriture) ; L’Amendement Ramy.   

5, 4, 3, 2, 1 ; COHCIOPOST !

Mis en avant

COHCIOPOST est un projet appelé à prendre corps en ce début d’année 2020 ! En tant que porteur du projet, COHCIOPOST traduit l’ambition que j’ai d’inscrire mon activité professionnelle (1. la recherche en science sociale) dans une aventure voulue collective par l’articulation de l’ensemble des éléments constitutifs que sont :    

– une thématique citoyenne (2. autour de sujets relatifs à la cohésion sociale) ;

– une gouvernance inclusive (3. avec l’élaboration d’un couplage entreprise/association) ;

–  un fonctionnement participatif (4. grâce à une plateforme numérique collaborative) ;

– et enfin des principes d’action éthiques (5. à travers une insertion au sein de  l’Economie Sociale et Solidaire – ESS).

5, 4, 3, 2, 1 ?

C’est ici un procédé mnémotechnique consistant, tout d’abord, à associer à chacun des cinq points évoqués ci-dessus ; piliers de la structuration du projet COHCIOPOST, un identifiant numérique et c’est, par ailleurs, une manière d’évoquer le décompte qui nous conduit désormais sur le chemin du lancement effectif des activités à mener dans le cadre de la réalisation du projet.  

En prélude au démarrage de ces mêmes activités, les billets proposés dans cette partie du blog ont précisément pour mission de familiariser les lecteurs/lectrices à ces cinq points essentiels du projet afin de leur permettre d’en saisir l’enchevêtrement.

COHCIOPOST ?

C’est la dénomination donnée au projet ; in extenso, elle correspond à :

– « Agence Socioanthropologique de Recherche-action participative Pour la Cohésion sociale » qui, sous une forme condensée, devient :

– « Agence de recherche participative pour la cohésion sociale ».

Ainsi, les trois syllabes qui composent le nom COHCIOPOST renvoient à des aspects particulièrement importants du projet :

– « COH » fait bien sûr référence à la thématique de la cohésion sociale ;

– « CIO » se rapporte à l’objet d’étude de la science sociale qu’est le (monde) « social » et, par extension, à l’une de ses disciplines emblématiques qu’est la « sociologie » (aussi familièrement appelée la « socio ») sous la forme particulière de la « socioanthropologie » dont la pratique est revendiquée dans le cadre de ce projet ;

– « POST » enfin suggère la dimension participative ou collaborative accolée au fonctionnement du projet, notamment au sujet de l’animation de sa plateforme numérique.   

En somme, le projet vise à contribuer au renforcement de la cohésion sociale au moyen des outils de la socioanthropologie dans des dispositifs de recherche-action participative.            

ET MAINTENANT… ? 

Comme annoncé plus haut, les billets publiés dans cette section du blog ont pour but d’assurer la vulgarisation du projet par la présentation synthétique de ses dimensions majeures précédemment mentionnées. Cette présentation prend la forme de chroniques portant sur différents aspects des cinq piliers du projet d’après les numéros qui leur ont été attribués : 

– « COHCIOPOST -1/ Côté Science » regroupe les chroniques ayant trait aux implications scientifiques découlant de la mise en œuvre du projet ;

– « COHCIOPOST -2/ Côté Thématique » rassemble les billets relatifs au domaine de recherche que constitue, dans le cadre du projet, la cohésion sociale ;

 – « COHCIOPOST -3/ Côté Gouvernance » fait le lien entre les sujets se rapportant à l’articulation des structures commerciale et associative du projet ;

– «  COHCIOPOST -4/ Côté Participation » aborde les modalités par lesquelles, en s’adressant au grand public, le projet s’ouvre à l’implication citoyenne ;

– « COHCIOPOST -5/ Côté Ethique » relate de quelle façon, dans sa conception et dans sa réalisation, le projet prend place parmi les structures de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS).  

Les distinctions et les découpages ainsi opérés au sein de ces cinq points fondamentaux peuvent, il est vrai, avoir quelque chose d’un peu arbitraire tant c’est bien l’imbrication de tous ces éléments qui fait l’originalité et l’identité même du projet de manière à le rendre « unique ». Mais, pour les besoins de clarté et de concision, ces arbitrages ont été jugés préférables pour servir une présentation du projet n’obéissant qu’à un seul leitmotiv : l’incitation à le découvrir….