LETTRES MORTES

Le Destin a fait rouler son D

Sous lequel tout le vrai trouvait cache,

Pour ne l’avoir pas assez sondé,

Il me frappe en plein cœur ; Il le H.

Je me sens poignardé dans le dos, 

Mon esprit malmené siffle et R,

Lentement se tarit le point d’O

Où buvait mon espoir que j’enterre.

Le Destin s’est penché sur mon K

Et ma vie prend la voie parallèle

A cette autre qu’en moi convoqua

Ce Parfum qui s’est posé sur L.

Mais si loin était la vérité

Quand j’étais près des rêves que j’M,

Et ce n’est pas ma tasse de T

De penser qu’on a tous ce qu’on sème.

 

                                                                                                          (Joachimson)

QUAND LE DESTIN S’EN MÊLE

Trou noir – trustmyscience

Alors que, consterné, je lançais vers le Ciel  

La tirade enragée ; la bruyante complainte 

Qui de l’âme jaillit lorsque le Sort l’éreinte

Avec ses coups sournois laissant un goût de fiel,

 

Je sentais comme un Spectre, un Gouffre immatériel

Dressé entre mes cris et la Demeure sainte

Qui, de fait, par ma voix ne pouvait être atteinte :

Cet Etre m’obstruait un rai providentiel !

 

Je pris donc le parti de crier davantage,

De convertir en bruit l’énergie de mon corps

En espérant Le voir céder sous mes efforts.  

 

Toujours resté d’airain malgré tout mon tapage,

Puis le Destin me dit – cessant d’être muet – :

« Ô poète maudit, deviens ce que tu es… ! ».

 

 

                                                                                                                (Joachimson)  

DIALILOQUE ENCHANTÉ

“Dialiloque” est un néologisme croisant les termes « dialogue » et « soliloque » –
nom masculin : retranscription d’échanges de vues entre des « parties » (organes, valeurs, traits de caractère, facultés…) d’une seule et même personne.     

A mon cœur, j’avais dit : « C’est inopinément

Que je te sens saisi du Sentiment Suprême. »,

Le raisonnant ainsi, inquiet qu’il me surprenne :

Me voici d’Elle épris au moins Passionnément ! 

 

Alors je renchéris : « C’est tout à fait dément !

Elle est bientôt partie là-bas, au sud de Brême ! ».

Mais il me répondit : « Quand on a vu sa Reine,

Le monde est tout petit au cœur d’un homme aimant ! ».

 

Emu, je le repris : « Il vaut mieux que se taise

Cet Amour qui, hardi, peut lui causer malaise ;

Econduit et meurtri, tu en ferais les frais ! ».

 

De mes peurs faisant fi, mon cœur se fit rebelle,

Scandant à l’infini : « Ô grand Dieu, qu’Elle est Belle ! » :

A mi-mot, je l’admis : « Ô pardieu, c’est si Vrai… ! ».  

 

                                                                                                        « Joachimson »      

EX-VOTO

(A “saint” René Descartes des Scientifiques)

(Citation de Catherine Clément)

Ô saint Descartes, vous ; patron des Scientifiques,

Contre les errements de nos semi-savants,

Nos devins devenus et autres charlatans ;

Cultivez en nos cœurs vos doutes méthodiques !  

              

Lorsque nous subissons des temps catastrophiques,

Nous cédons aux discours d’auto-promus sachants

Qui vont dans nos journaux et sur tous nos écrans

Pérorer sans l’appui de données véridiques.  

 

Choisissant, ô René, de ne pas recourir

Au process par lequel se laisse découvrir

Par les esprits soigneux la fiable connaissance,   

 

Ils déversent sur nous leurs élucubrations

Qu’ils nous voient accueillir par des célébrations

Depuis les hauts sommets… de la Méconnaissance.

                                                                                                      (Joachimson)   

LE VEILLEUR RÊVEUR

Encore une insomnie ! Il est déjà si tard,

Et je devine assis le soleil qui se lève

Alors que dans la nuit je poursuivais mon Rêve

En voguant par l’esprit de la Seine à l’Isar.

Mon Rêve est fait de Chair mais c’est une œuvre d’Art

Qui à mon cœur est chère et dont le genre est d’Eve ;

Dès que le ciel s’éclaire et que la nuit s’achève,

Renaît l’envie de fer d’y noyer mon regard. 

Si la nuit a cessé, je ressens bien la traîne

Du courant qu’a laissé Celle qui est la Reine

De mes temps d’insomnie et de mon temps tout court ;

Car mon Rêve est vivant au soleil qui prolonge

Tout l’effet enivrant dans lequel Il me plonge :

La Reine de mes nuits est l’Astre de mes jours !

 

                                                                                                (Joachimson) 

LA VERITE COMME KIRIKOU

Du jeu Kirikou, d’après le film de Michel Ocelot.

“La Vérité est comme Kirikou, elle préfère courir toute nue.”  

En vrai, la Vérité est comme Kirikou ;

Elle préfère aussi gambader toute nue

Pour qu’ainsi elle soit aisément reconnue

Dans le cours de propos censés tenir debout.

 

Quand vient la Vérité, elle voudrait partout  

Se révéler à tous sans nulle retenue,

Mais sachant n’être pas toujours la bienvenue,

Elle avance couverte en s’offrant à beaucoup.

 

Afin que son éclat ne fasse de victime,

Elle peut se lover dans un doux synonyme 

Ne portant pas atteinte à son identité ;

 

Ou, plus prudente encore, arborant l’euphémisme,

Peut souffler des malheurs enrobés d’optimisme ; 

Mais c’est bien courir nue qu’aime la Vérité !

                                                                                                       (Joachimson)

AD VITAM AETERNAM

Toi Qui d’Adélaïde est le Bel avatar

Et pour Qui nuit et jour si intensément vibre

Mon cœur Tout retourné jusqu’à sa moindre fibre ;

J’entends en moi sans fin Ton Souvenir bavard. 

_

Je ne T’attendais pas mais voici l’Etre à part

A l’envoûtante Aura qui ruina l’équilibre

Que je m’étais construit et dont Tu me fis libre

En un si vif éclair qu’il me laissa hagard.  

_

A l’heure où notre monde à grands pas se défait,

Quand l’empreinte humaine est du plus mauvais effet

Sur le cours de la vie charriant d’affreux spectacles ;

_

J’ai contemplé Ta Grâce et, plus qu’auparavant,                                   

Veux croire en l’Avenir au Pays des vivants

Où Tu es, Ô ma Mie, le plus Beau des Miracles !               

  « Joachimson »