« Cohciopost -5/ Côté Ethique » : L’insertion dans l’Economie Sociale et Solidaire (ESS)

Défis ESS – bretagne.bzh

            Le cinquième et ultime pilier du projet, à savoir son inscription parmi les acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS), est le sujet qu’aborde le présent billet qui nous donnera ainsi l’occasion d’en présenter, en trois points essentiels introduits par chacune des lettres de son sigle, les principes fondamentaux. Suivant cette perspective, l’on évoquera tour à tour l’ESS comme secteur économique particulier, puis dans son ancrage historique et axiologique, et enfin d’après les modalités de mise en œuvre pratique des projets qui s’en réclament.  

            Au terme de cette présentation, la lectrice/le lecteur devrait pouvoir facilement identifier les « neuf (9) défis » que le projet Cohciopost veut s’efforcer de relever en prenant place parmi la diversité des structures que compte l’Economie Sociale et Solidaire. 

  1. « E » comme… « Economie dont les bénéfices vont d’abord au développement des projets »

            Il est bon que l’on rappelle, à l’entame de cette présentation, que l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) est, comme son nom l’indique, bel et bien aujourd’hui un secteur économique à part entière en France et que, en tant que tel, ce dernier fait l’objet d’une législation spécifique, comme en fait mention le portail du ministère de l’Economie (https://www.economie.gouv.fr/cedef/economie-sociale-et-solidaire).                     

          De ce point de vue, il est donc foncièrement injuste, voire méprisant, d’être tenté d’y voir un regroupement d’activités non ou peu « productives » en termes de flux financiers ou de penser qu’on s’y « réfugie » lorsqu’on n’a pas pu s’insérer dans la fonction publique ou au sein du secteur privé classique.

             Loin de telles considérations, plutôt désobligeantes au demeurant, l’Economie Sociale et Solidaire est en réalité un secteur économique fort dynamique, continuellement en extension, et dont l’une des caractéristiques saillantes est de regrouper des structures aux statuts juridiques très variés. On y dénombre en effet les associations, les mutuelles, les fondations, les coopératives, mais aussi et plus récemment, les sociétés commerciales de formes classiques ayant adopté dans leurs statuts les valeurs et principes de fonctionnement propres à ce secteur économique tels qu’ils ont été spécifiés dans la loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014 (aussi appelée « loi relative à l’Economie Sociale et Solidaire »).  

            A cette pluralité de statuts correspond une large gamme de domaines d’activité, ainsi que l’a établi le Conseil National des Chambres Régionales de l’Economie Sociale (CNCRES) dans son Panorama de l’économie sociale et solidaire en France datant de 2015. En effet, si l’on observe une présence massive des associations dans les effectifs de l’ESS, les domaines d’activité sont, pour leur part, très éclectiques puisque les acteurs de ce milieu évoluent dans l’action sociale, l’assurance et la finance solidaires, l’agroalimentaire avec le développement des circuits courts, le sport et les loisirs, le monde du spectacle, le logement, etc. Rien d’étonnant à cela si l’on considère que la loi de 2014 ne ferme a priori la porte de l’ESS à aucun domaine d’activité dès lors qu’un acteur économique quelconque s’en approprie les valeurs et les principes. 

            Ce panorama a véhiculé des chiffres abondamment repris sur le poids économique de l’ESS en France :

– 10,5 % de l’emploi français,

– 13,9 % de l’emploi privé,

– 2,37 millions de salarié(e)s (dont 68 % de femmes mais seulement 13 % des cadres),

– 221 325 établissements,

– Plus de 61 milliards d’euros de masse salariale.

            L’ESS regroupant aussi bien des associations que des entreprises, certains acteurs de ce secteur économique s’appuient pour leur solvabilité davantage sur les subventions publiques quand d’autres dépendent a contrario des conjonctures du marché. Pour ces derniers, les « entrepreneurs sociaux », l’insertion dans l’ESS implique, conformément à la loi relative à ce secteur économique, que les bénéfices réalisés soient majoritairement réinjectés dans le développement du projet social ayant justifié l’adhésion aux principes de fonctionnement des structures relevant de l’Economie Sociale et Solidaire.

            Mais il nous faut ici éviter de donner une image (démesurément) angélique de l’ESS, car elle porte aussi en elle ses propres préoccupations et fragilités. Ainsi, même si une majorité de ses travailleuses et travailleurs se dit satisfaite de la qualité de vie qui y règne et montre un réel attachement aux valeurs et à l’engagement civique qui caractérisent ce milieu professionnel, beaucoup peuvent aussi y exprimer des doutes sur l’organisation du travail, l’instabilité des emplois, ou encore le niveau de rémunération par rapport au secteur privé classique (cf. https://www.say-yess.com/2016/12149/mal-payes-dans-less/).

          S’agissant de ce volet économique du projet, on peut, de façon non exhaustive, lister trois défis majeurs que Cohciopost doit affronter en tant qu’acteur de l’ESS :

  • Défi n° 1 – En se structurant autour du couplage « Association/Entreprise », le projet se doit de réussir l’articulation de ces deux statuts juridiques différents, ce qui doit se traduire par une coordination effective de leurs missions interdépendantes.
  • Défi n° 2 – Avec pour activité la recherche-action participative en science sociale, le projet devra convaincre de la pertinence de son insertion dans l’ESS alors que d’autres structures du secteur d’activité de la recherche scientifique hors Université optent plutôt pour des modes d’intervention plus classiques comme l’expertise ou le conseil auprès d’entreprises et/ou des pouvoirs publics.
  • Défi n° 3 – Il s’ensuit que, tandis que ces autres structures ont un modèle économique (en B2B) reposant sur les prestations payées par ces commanditaires d’études qu’elles ont pour clients, la viabilité économique du projet Cohciopost dépendra grandement de sa capacité à susciter l’adhésion du grand public auquel il s’adresse (avec un modèle économique en B2C). 

    2. « S/1 » comme… « Secteur d’activité priorisant l’utilité sociale »

            Ce qui fait de l’ESS un secteur économique si particulier renvoie à ses valeurs et principes de fonctionnement qui la différencient clairement du reste du secteur économique privé ordinaire et dont il va désormais être question. De telles valeurs ne sont pas, pour ainsi dire, tombées du ciel mais se sont tout simplement consolidées des siècles durant dans une histoire que relate brièvement, par exemple, Le Labo de l’ESS, think tank qui se consacre aux questions relatives à ce mouvement (http://www.lelabo-ess.org/+-ess-+.html).

            L’Economie Sociale et Solidaire, telle qu’elle se présente aujourd’hui, est au croisement de deux concepts, plutôt éloignés dans le temps, mais manifestement bien complémentaires. A l’origine, le concept d’Economie Sociale se rapporte au mouvement ouvrier qui se structure en réaction aux désordres sociaux engendrés par la révolution industrielle au XIXe siècle. Les ouvriers, inspirés par le socialisme de l’époque, mettent sur pied des organisations comme des coopératives de production ou des comptoirs alimentaires, toutes ces organisations reposant sur les principes communs de la gestion collective et de la primauté de l’humain sur le capital. Outre les coopératives, c’est à cette branche du mouvement que se rattachent également les mutuelles et les associations ou, plus généralement, toutes les organisations fondées sur le principe de l’autogestion.

            Quant à lui, plus récent, le concept d’Economie Solidaire est contemporain de ce que l’on a appelé, dans les années 1970-1980, la montée de l’exclusion sociale et qui s’est traduite par des phénomènes tels que le chômage structurel, la perte de confiance dans l’accomplissement social via le système éducatif, les problèmes d’intégration, ou encore la dépréciation du lien social. Pour prendre en charge ces nouveaux problèmes sociaux, on voit alors émerger, aux côtés de l’Etat et des associations, de nouvelles figures dont notamment celle des « entrepreneurs sociaux » qui proposent des solutions comme l’Insertion par l’Activité Economique (IAE), des organisations de défense et de revitalisation d’une agriculture paysanne face à l’agro-business, des structures de la finance solidaire, l’élaboration de modes de production et de consommation plus écologiques, etc. Le pendant international de ce mouvement se cristallise autour du développement des organisations humanitaires et du réseau économique bâti sur la base du concept de commerce équitable. L’unité de cette branche de l’ESS se fait sur la base de l’action solidaire avec et envers « les plus fragiles, les plus précaires » (sur les plans scolaire, professionnel, économique, culturel, sanitaire, environnemental….). 

            Malgré cette constitution en deux temps du mouvement, l’Economie Sociale et Solidaire n’a nullement fait l’objet d’un processus d’intégration artificiel tant les valeurs qui animent ses deux branches sont indubitablement communes :

  • L’utilité sociale demeure la raison d’être et l’horizon de tout projet associatif ou entrepreneurial ; il s’agit, dans tous les cas, d’apporter sa contribution à la prise en charge, voire à l’éradication, d’un problème, d’un risque, d’un dysfonctionnement, d’un manque, affectant ou pouvant affecter des pans entiers de la population et singulièrement ceux les moins socialement favorisés,
  • Une économie faisant de l’humain (et de son bien-être comme bénévole, professionnel, bénéficiaire de projet ou simple citoyen) la valeur cardinale en privilégiant, pour ce faire, le temps long à rebours d’une économie classique obnubilée par la maximisation du profit en un temps record pour le compte, la plupart du temps, des seuls investisseurs,
  • La prépondérance de l’intérêt général ou intérêt collectif sur les intérêts particuliers et individuels ; tous les acteurs du mouvement servent d’abord et avant tout des causes communes et, au final, le bien commun, même si certains, au-delà du strict bénévolat, peuvent aussi vivre de leur engagement comme professionnels ou comme entrepreneurs sociaux,
  • Dans tous les domaines d’activité où le mouvement est représenté, s’affiche l’ambition de mettre en œuvre et de perfectionner des processus de production écologiquement responsables de manière à éviter, autant que faire se peut, les surconsommations de ressources et les gaspillages qui en résultent. 

            Cette dimension axiologique du mouvement de l’ESS pousse Cohciopost à se confronter à des défis de conformité dans la mise en œuvre de son activité :

  • Défi n° 4 – Dans la pratique de la recherche-action participative, la valeur d’utilité sociale du projet est manifestée par l’ambition de se consacrer entièrement à la thématique de la cohésion sociale ; il s’agit d’accompagne des personnes de groupes et de milieux sociaux différents, notamment au niveau intergénérationnel, à œuvrer ensemble à l’amélioration des conditions et du cadre de vie.
  • Défi n° 5 – Dans cette perspective, l’attachement à la promotion du bien commun conduit le projet à retenir comme seuls sujets de recherche pertinents ceux qui s’énoncent et se construisent avec le souci de l’intérêt général ou collectif ; les sujets personnels, focalisés sur un petit groupe de personnes ou circonscrits à une organisation prise isolément, ne pourraient donc être retenus.
  • Défi n° 6 – La recherche en science sociale, qui ne débouche pas sur des réalisations matérielles immédiatement perceptibles, peut décourager un public qui s’attendrait à des retombées subites et spectaculaires, d’où le défi pour Cohciopost de faire prendre conscience de la constance de l’engagement qu’il faut pour parvenir à des résultats tangibles au bout d’un processus de recherche-action participative. 

    3. « S/2 » comme… « Source d’initiatives participatives pour l’innovation sociale territorialisée »    

           Après avoir présenté l’ESS comme secteur économique puis comme creuset axiologique, on se propose, pour finir, de l’envisager ici comme canevas méthodologique. Il existe en effet, en dépit de la diversité des domaines d’activité représentés dans l’Economie Sociale et Solidaire, un ensemble de principes relatifs à la gestion et à la conduite des différents types de projet qu’ont en partage les multiples acteurs du mouvement. Bien entendu, ces principes sont appliqués en tenant compte des particularités liées au domaine d’activité et de la nature même des projets portés par les intervenants, mais partout, l’objectif est bien de les refléter au mieux dans les initiatives qui se rattachent à l’ESS.

            Quatre grands principes directeurs du mode de travail au sein de l’ESS peuvent ainsi être soulignés pour leur caractère de généralité dans la mise en œuvre des projets :

  • Des projets participatifs ; dans l’ESS, on s’efforce effectivement de tourner le dos au « faire-pour » en privilégiant, au contraire, le « faire-avec » aboutissant au « faire-ensemble ». L’ESS encourage l’engagement civique, la participation citoyenne, ce qui conduit porteurs de projets, professionnels, bénévoles et bénéficiaires à s’impliquer activement dans la mise en œuvre des activités s’y rapportant. Cet aspect du mode de travail promu par le mouvement n’est pas sans lien avec ce que, en mauvais français, l’on nomme « empowerment » (ou encore « capacitation », « autonomisation »).
  • Une gouvernance démocratique ; car si l’on veut que toutes les parties prenantes s’impliquent réellement, il faut donc que tous les participants puissent bien connaître les projets et qu’ils soient en mesure de peser sur leur mise en œuvre comme sur leur devenir. Dans l’ESS, les contributeurs bénéficient du droit d’information sur les tenants et les aboutissants des projets et peuvent participer à la prise de décision concernant leurs orientations.
  • Des perspectives d’innovation sociale ; dans l’idéal, les projets d’utilité sociale portés au sein de l’ESS ont vocation à tester des solutions nouvelles, originales, sur les préoccupations pour lesquelles elles ont été imaginées. Créativité, ingéniosité et même audace sont encouragées par le mode de travail du mouvement dans l’optique de faire éclore des réponses qui, en conformité avec les valeurs susmentionnées, permettront de faire reculer et de résoudre les problèmes sociaux de notre temps. Cette invite n’est cependant pas une incitation à la déraison, puisque l’ESS préconise que les solutions avancées soient empiriquement éprouvées au moyen de différents protocoles permettant d’en évaluer sur le terrain l’ « impact social ».
  • Un fort ancrage territorial ; ces solutions doivent en outre contribuer au dynamisme des territoires dans lesquels elles s’implantent en y créant du lien social, de l’activité et des emplois non délocalisables. Elles doivent enfin pouvoir s’intégrer harmonieusement au tissu socioéconomique local déjà existant afin d’y nouer des relations de coopération et de complémentarité plutôt que des rapports concurrentiels.

            Pour matérialiser cet élan collectif et favoriser la circulation des informations utiles à la structuration et au développement du mouvement, l’ESS s’est dotée d’un portail auquel participants aux projets et grand public peuvent se référer (http://www.esspace.fr/index.html).

            La traduction de cette approche méthodologique chère à l’Economie Sociale et Solidaire peut globalement s’énoncer, dans le cadre du projet Cohciopost, sous la forme de ces trois importants défis :

  • Défi n° 7 – L’enjeu de la participation citoyenne et de l’expression effective de l’engagement civique a inspiré la conception d’une plateforme numérique de coordination du dispositif de recherche-action participative, rendant possible la contribution de tous les membres de la communauté à la bonne marche du projet. Au-delà, cette implication citoyenne peut se prolonger au cours des recherches sur le terrain, dans l’animation de la vie associative ou lors du choix des orientations stratégiques du projet.
  • Défi n° 8 – Cohciopost veut permettre l’expérimentation, appuyée sur le savoir et les outils de la science sociale, de solutions à des problèmes sociaux dans le cadre d’une démarche de médiation scientifique auprès du grand public. Pour ce faire, le projet se doit, sur le plan scientifique, d’être lui-même une source d’innovation méthodologique, conceptuelle et théorique. 
  • Défi n° 9 – En recueillant des propositions de solutions formulées par des citoyens à partir de leur propre expérience des phénomènes sociaux qui les préoccupent, Cohciopost adopte ainsi une démarche territorialisée en ce sens qu’elle s’inscrit dans le cadre de vie des participants au projet. Elle débouche, dans le domaine scientifique, sur la question de la généralisation des résultats là où celle des solutions fait écho, dans le langage de l’ESS, au problème du « changement d’échelle ».  

« Cohciopost -4/ Côté Participation » : entre action collective et rapport personnalisé à la science sociale

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Avec une organisation structurée autour du couplage d’une « Agence de recherche participative pour la cohésion sociale » à une « Association loi 1901 », le projet COHCIOPOST entend bien développer une démarche collaborative. Une telle démarche  s’appuie elle-même sur une conviction forte : Il n’y a pas d’action collective sans différentes individualités et les individualités prises isolément n’aboutiraient à rien sans la spécificité de l’action collective !

Conçu comme une initiative de médiation scientifique en science sociale, le projet COHCIOPOST implique la participation du grand public aux processus de recherche qu’il met en œuvre, et c’est de cette dernière dont il est ici question sous les angles collectif puis individuel. Cette présentation de la participation citoyenne au projet restera, dans un premier temps, assez schématique avec pour objectif majeur d’en donner une vision d’ensemble, et ce n’est donc que prochainement, dans un deuxième temps, que l’occasion d’une spécification des modalités de cette participation se présentera à nous. 

1. La participation collective : la cohésion sociale au service de la qualité de vie

L’idée de cohésion sociale située au cœur du projet COHCIOPOST suppose l’articulation de ces deux caractéristiques : l’existence d’une diversité (de parcours, de catégories sociales, de lieux de vie… car il serait fallacieux de prétendre faire cohésion avec du même) et l’inscription dans une perspective de convergence (en vue d’une action à accomplir ensemble, de consolider des valeurs partagées, d’une expérience à vivre en commun…).

Dans le cadre du projet, cette cohésion sociale n’est recherchée que pour être mise au service d’une cause transversale à l’ensemble des recherches-action conduites en son sein : l’amélioration de la qualité de vie, du bien-être commun, à travers des sujets de recherche reflétant un « intérêt collectif ».

Guidée par ces deux principes, la participation collective au projet COHCIOPOST peut être déclinée sous différents aspects :

  • Un public intergénérationnel : Dans son aspiration à la médiation scientifique comme dans la réalisation de sa mission portant sur l’amélioration de la qualité de vie dans la cité, COHCIOPOST fait explicitement le choix de la diversité des âges de la vie en visant une participation citoyenne intergénérationnelle. En effet, on considère ici que si l’on veut collectivement contribuer à l’amélioration de la vie sociale, il faut commencer par reconnaître que l’expérience qu’on en fait n’est pas la même lorsqu’on est adolescent, trentenaire ou septuagénaire. Il apparaît donc indispensable que des générations multiples puissent naturellement trouver leur place dans l’organisation et l’animation du projet. 
  • Une Association inclusive : Si le projet s’adresse effectivement à l’ensemble de la société en œuvrant à l’accueil de différents âges de la vie, l’organisation de son Association doit pouvoir rendre manifeste cette orientation intergénérationnelle à laquelle la parité homme/femme peut s’allier. De façon plus générale, la structuration de l’Association, de l’Assemblée générale au bureau, est pensée pour tenir compte de cet équilibre dont le seul but est de favoriser l’expression de la diversité des expériences de la vie sociale dans la mesure où cette variété peut présenter un intérêt scientifique dans la mise en œuvre du projet.
  • Une coordination interorganisationnelle : Structure à part entière, l’Association participe, dans le cadre du couplage, à la réalisation du projet en collaboration étroite avec l’Agence. Cette configuration d’interdépendance entre ces deux organisations conduit à des échanges de services, de moyens, de compétences, d’idées, de propositions, etc., qui se trouvent ainsi mis en commun au bénéfice de la mission poursuivie ; l’amélioration de la vie sociale en usant du savoir et des outils de la science sociale. Le projet COHCIOPOST est donc doté, au-delà des échanges réguliers entre les deux structures, d’une instance de coordination des activités de réalisation de la mission.

2. La participation individuelle : questionner son rapport personnel à la science sociale

Réaliser la mission de COHCIOPOST crée, de fait, les conditions d’une action collective dont on vient de souligner quelques dimensions, et cette seule idée d’un projet collaboratif interroge sur ce que chacun des participants peut espérer en retirer et y apporter. C’est pourquoi il n’est pas vain d’indiquer des aspects importants de la participation citoyenne individuelle au projet :

  • L’appropriation de la science sociale : Comme support à la médiation scientifique, le projet COHCIOPOST veut permettre à chaque participant de saisir dans quelle mesure le savoir et les outils de la science sociale sont susceptibles d’éclairer l’expérience qu’il peut faire de la vie sociale. Il s’agit, au-delà du savoir général sur la société, d’éprouver individuellement la pertinence des concepts, des analyses et des théories de la science sociale sur sa propre vie au sein du monde social dans lequel nous évoluons.
  • La contribution à l’animation de la plateforme numérique : Le projet dispose d’une plateforme numérique collaborative qui donne la possibilité à chaque participant d’apporter son concours à la vie de la communauté. Par exemple, l’on pourrait intervenir sur des sujets se rapportant à la vie de l’Association, faire des propositions de recherches-action et participer à leur sélection collective, répondre favorablement à la recherche d’un « profil sociologique » correspondant à son parcours de vie dans le cadre d’une étude, etc.
  • La participation à des recherches sur le terrain : L’investissement personnel dans la réalisation de la mission que COHCIOPOST s’assigne peut conduire tout participant qui le souhaite à prendre part, sous la direction de personnes ayant les compétences académiques requises, aux opérations de recherche s’effectuant au sein du cadre de vie sur lequel porte l’étude. L’enjeu consiste à mettre en évidence, toujours sous l’angle de la cohésion sociale, la nécessité de faire converger des savoirs et savoir-faire variés dans la perspective d’une recherche-action participative viable.

Sur un plan personnel, chaque participant au projet peut ainsi librement décider de son niveau et de sa forme d’investissement dans la réalisation de la mission commune en fonction de ses centres d’intérêt, de ses aptitudes et de ses disponibilités.      

« Cohciopost -3/ Côté Gouvernance » : Le couplage Association/Entreprise

“Pour un projet, deux structures interdépendantes.”

            « On entre rarement en sociologie avec des idées claires sur le type de sociologie que l’on veut pratiquer et l’on n’apprend que très progressivement, au fur et à mesure de l’accumulation des travaux de recherche, à caractériser le style que l’on pratique en le distinguant – et en luttant parfois contre – d’autres styles. » Après avoir moi-même relaté dans un précédent billet les considérations m’ayant conduit à envisager autrement ma pratique de la sociologie initialement orientée vers le projet professionnel d’un ancrage académique classique dans un organisme de recherche, je n’ai donc aucun mal à partager ce propos que soutenait Bernard Lahire dans sa contribution (« Utilité : entre sociologie expérimentale et sociologie sociale ») à l’œuvre A quoi sert la sociologie ? (2002) dont il avait, par ailleurs, assuré la direction.

                 Les aspirations qu’avait fait naître mon parcours de formation en science sociale ont fini par se cristalliser dans ces trois syllabes formant le nom  COHCIOPOST  pour caractériser le style de sociologie que j’entends effectivement pratiquer :

  • « COH » : des sujets de recherche d’intérêt collectif gravitant tous autour de la thématique de la cohésion sociale ;
  • « CIO » : une socioanthropologie, soucieuse de rigueur et d’inventivité scientifiques, embrassant simultanément, sans cependant jamais les confondre, les perspectives fondamentale et appliquée de la recherche ;
  • « POST » : une approche participative tournée vers le grand public et sous-tendant une démarche de médiation scientifique.

            Le style sociologique qui se dessine derrière de telles aspirations mérite assurément d’être plus amplement explicité, et cela fera en effet l’objet d’un billet ultérieur, mais pour l’heure, c’est une question connexe que j’aimerais plutôt soulever.

            Dans quelle mesure (jusqu’à quel point) un style sociologique est-il tributaire du cadre (statutaire, spatial, juridique, économique…) dans lequel il se pratique ou est susceptible d’être pratiqué ? La manière dont la question est ici formulée suggère significativement, me semble-t-il, qu’on ne peut s’attendre à une réponse en « tout ou rien »  mais que, au contraire, une réflexion plus fine s’impose. Ce simple truisme rappelant que tous les sociologues exerçant dans la sphère publique (universités et organismes de recherche) n’adoptent manifestement pas le même style sociologique est largement suffisant pour s’en convaincre. Mais dès lors que l’on aborde cette sempiternelle question de l’utilité sociale de la sociologie, il m’apparaît qu’on ne peut passer sous silence l’interrogation portant sur l’adéquation entre un style sociologique et le milieu dans lequel il s’exprime.

             Un exemple : considérons les « styles sociologiques » que l’on peut rencontrer au sein du « courant postmoderne » ou, comme on dit en anthropologie, du « tournant interprétatif » et leur propension à « l’hyper-relativisme » frisant le « nihilisme scientifique ». Quel est donc l’organisme public ou quelle est l’entreprise privée qui, confrontés à des problèmes et objectifs concrets pour lesquels les connaissances et compétences sociologiques ont pu sembler utiles, accepteraient de rémunérer des tenants de tels « styles sociologiques » ? En revanche, le cadre spécifique du monde universitaire avec le statut de fonctionnaire, la garantie de l’emploi ou la non “obligation de moyens” (au sens d’obligation de déployer des efforts scientifiquement élaborés d’après le processus méthodologique classique – ce précisément à quoi ils tournent le dos) peut plus aisément laisser prospérer ce genre de styles.

             Mais, rapportée au débat sur l’utilité de la discipline, la même question de la compatibilité entre le « style sociologique » et le « cadre » de son exercice se pose aussi pour les styles autrement plus probants. Pourtant l’on notera que, qu’il s’agisse du livre dirigé par Bernard Lahire en 2002 ou des contributions au débat initié par la revue SociologieS près d’une décennie plus tard et toujours en cours sur « la situation actuelle de la sociologie » (cf. https://journals.openedition.org/sociologies/3547), la discussion est très largement préemptée par des auteurs et, par voie de conséquence, des « styles sociologiques » rattachés au cadre universitaire. Bien sûr, on y trouve diverses formulations de “l’utilité sociale de la sociologie” ou de sa “vocation sociale” selon les expressions des uns et des autres, mais dans son fonctionnement même, le cadre académique est-il susceptible d’accueillir toutes les formes d’utilité sociologique indépendamment du style sociologique qu’un chercheur s’est défini ? 

  1. – Cohciopost et le cadre universitaire : la question de la compatibilité

               En l’occurrence, l’Université pourrait-elle servir de cadre à la pratique du « style sociologique » qu’incarne le projet COHCIOPOST ? C’est ce que l’on peut globalement s’efforcer d’examiner sans donc, à l’occasion de ce billet, s’y appesantir dans le menu détail.   

  • a) « COH » :

Sans surprise, le traitement de la thématique de la cohésion sociale ne saurait poser le moindre problème au sein de la sphère académique, et c’est bien, au demeurant, dans ce même milieu que je m’y suis intéressé en me confrontant au sujet, plus large, de l’exclusion/inclusion sociale. Le seul écueil que l’on pourrait rencontrer viendrait peut-être de la faible légitimité académique dont jouit ce dernier thème auquel certains reprochent, a priori, d’être trop populaire auprès de milieux extrascientifiques (politique et société civile) au lieu de s’en tenir à la différenciation qui peut se faire, a posteriori, dans la manière d’aborder et d’analyser ledit sujet en sociologie par rapport à la façon dont on s’en empare à l’extérieur. Ainsi, l’approche du couple exclusion/inclusion développée par Serge Paugam notamment m’est apparue de ce point de vue fort remarquable et, de façon plus générale, on se bornera à signaler que, de fait, il existe bel et bien en science sociale tout un « champ de recherches » qui s’est constitué sur ce thème, comme l’illustre l’organisation en février 2020 du 6e colloque international du REIACTIS (Réseau d’Etudes International sur l’Age, la CitoyenneTé et l’Intégration Socio-économique) sous l’angle « société inclusive et avancée en âge » (cf. « Société inclusive et avancée en âge », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 07 mai 2019, https://calenda.org/611330).

  • b) « CIO » :

C’est, en revanche, pour la pratique d’une socioanthropologie s’orientant à la fois dans des finalités fondamentale et appliquée que les difficultés peuvent réellement commencer à se poser, l’organisation de l’Université incitant plutôt à opérer un choix entre ces deux orientations en Master notamment. A ce stade de la formation en sociologie, Odile Piriou a mis en évidence ce qu’elle a qualifié de « tournant praticien » en sociologie se traduisant, entre autres, par le fait qu’en 2006 par exemple, les Masters professionnels représentaient 70 % de l’ensemble des offres de formation de la discipline (https://journals.openedition.org/socio-logos/1622). A l’inverse, excepté le format d’une thèse CIFRE, la formation en recherche doctorale conduit très largement à envisager, comme ce fut mon cas, une insertion au sein du secteur académique pour y pratique une sociologie à finalité fondamentale. En outre, les conditions d’insertion (elle-même numériquement faible) dans ce milieu sont tellement marquées par des années de précarité pour les « jeunes chercheurs » (cf. https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid116290/les-debuts-de-carriere-des-docteurs-une-forte-differenciation-des-trajectoires-professionnelles.html), qu’on voit mal comment, avec un tel statut, l’on pourrait bénéficier des moyens nécessaires à la mise en œuvre d’un projet aussi ambitieux qu’atypique, il faut bien l’admettre, dans un univers qui – on le sait au moins depuis Homo academicus (1984) de Pierre Bourdieu – est un « champ » à part entière avec ses luttes symboliques et économiques.  

  • c) « POST » :

Enfin, la vocation « intrinsèquement et exclusivement » participative du projet ne plaide pas non plus pour son implantation dans le secteur académique où les chercheurs ont plutôt pour habitude de choisir leurs sujets de recherche, de les construire en objets scientifiques, d’en analyser les données et d’en interpréter eux-mêmes les résultats en laboratoire, seule la phase de « recueil des données » les conduit à en sortir pour aller à la rencontre des « enquêté(e)s ». Quant à elle, et en dépit de modalités variables dans le niveau d’implication des non scientifiques selon la nature des dispositifs spécifiques, la recherche participative implique nécessairement qu’une plus grande place soit accordée à des personnes intéressées par l’enquête dans l’ensemble du processus dont l’encadrement et la conduite demeurent toutefois assurés par des chercheurs professionnels. S’il est donc vrai que des dispositifs participatifs de recherche peuvent mettre en collaboration des laboratoires publics et des personnalités morales comme des associations (cf. le rapport de Sciences Citoyennes, https://sciencescitoyennes.org/wp-content/uploads/2014/10/Synth%C3%A8se_Rapport_FdF_FSC.pdf), de tels échanges ne se font que sur la base de projets singuliers et occasionnels. Dans ces conditions enfin, il ne manquerait pas de se poser la question « éthique et pratique » de l’appropriation intellectuelle et professionnelle des travaux ainsi réalisés, quand on sait à quel point le système (pourtant décrié) d’évolution des carrières en vigueur dans le secteur académique (« publish or perish ») repose sur la multiplication de travaux individuels (et singulièrement d’articles de revue).

                Pour toutes ces considérations, le style sociologique sous-jacent au projet COHCIOPOST serait donc peu viable au sein du monde académique et, si l’on se réfère à la cartographie dessinée par Michael Burawoy dans sa « division du travail sociologique » (cf. https://www.cairn.info/revue-actes-de-la-recherche-en-sciences-sociales-2009-1-page-121.htm), ledit projet trouve davantage sa place dans ce que l’auteur désigne comme relevant de la « sociologie publique organique ». De fait, un tel style sociologique a en effet beaucoup plus de chances de se pratiquer en dehors du secteur académique et au contact direct de la société civile auprès de laquelle il peut exercer une fonction de médiation scientifique, ce qui, pour autant, n’indique encore en rien le cadre organisationnel le plus approprié pour ce faire.   

       2. – Entre aspirations et contraintes : la solution du couplage Association/Entreprise

             Atypique et ambitieux, le projet Cohciopost a tout d’un pari, et il semble difficile de lui trouver un cadre structurel préexistant qui lui convienne vraiment. Certains de ses éléments constitutifs seraient solubles dans la forme organisationnelle de l’association loi 1901 quand d’autres inclinent plutôt à privilégier la forme d’une entité commerciale.

  • a) L’association :

De prime abord, le cadre organisationnel de l’association semble, sur bien des aspects, être à même d’abriter les activités relatives au projet Cohciopost. Ainsi s’accorde t-il bien, lui qui est conçu pour porter des initiatives d’intérêt général, avec la thématique de la cohésion sociale regroupant les sujets d’intérêt collectif sur lesquels doit porter la recherche. En outre, la gouvernance simplifiée d’une telle structure peut tout à fait convenir à la mise en œuvre de la contribution bénévole du grand public à des recherches participatives axées sur la médiation scientifique en sociologie et en science sociale. Mais le cadre associatif présente néanmoins des inconvénients ou des risques qui me paraissent devoir ne pas être minorés comme, notamment, sa grande dépendance à la fois directe et indirecte à l’égard du politique. Ma recherche doctorale m’ayant conduit à fréquenter bon nombre d’associations, j’y ai mesuré leur grande fragilité économique en raison de la course effrénée, et si aléatoire, aux subventions publiques sans aucune visibilité sur la pérennité même des structures. Une dépendance  économique qui est aussi indirecte en ce sens que la contribution financière d’entités privées comme les entreprises ou les foyers fluctue grandement en fonction de décisions politiques comme on a pu s’en rendre compte avec la réforme de l’ISF qui s’est automatiquement traduite par un effondrement des dons aux associations de l’ordre de 50 % en 2018 (cf. https://www.marianne.net/societe/avec-la-fin-de-l-isf-les-dons-aux-associations-en-chute-libre-de-50-sur-une-annee). Mais la dépendance peut ne pas être qu’économique et s’insinuer au cœur même de la construction scientifique de la recherche qui pourrait conduire à s’interdire l’investigation de certains sujets ou angles de sujets susceptibles de ne pas présenter l’action de vos soutiens publics sous un jour favorable, ce qui, du reste, est déjà l’un des principaux risques que doit affronter « la sociologie d’expertise » vers laquelle le projet Cohciopost ne souhaite pas s’orienter.

  • b) L’entreprise :

L’atout majeur de la forme entrepreneuriale, mais qui d’un autre point de vue peut aussi être un risque, réside dans la possibilité de se construire son indépendance économique afin d’assurer ainsi en toute autonomie le maintien du projet dans la durée, et beaucoup de sociologues semblent faire ce choix aujourd’hui si l’on prend pour indice le nombre de références que génère un moteur de recherche sur Internet avec les mots clés de « cabinet » ou « bureau d’études sociologiques ». En revanche, ces structures commerciales ont un fonctionnement et un modèle économique qui se calquent sur ceux des « cabinets de conseil » et s’adressent donc à des organisations publiques et/ou privées qui, en tant que commanditaires, demeurent souvent propriétaires des travaux produits dont la valorisation comme sources de connaissance scientifique reste difficile dans le monde académique. Avec une pareille organisation, autant dire que les aspirations premières de Cohciopost, en termes de « sociologie publique », de médiation scientifique à partir d’un dispositif participatif, ou d’égale attention aux perspectives fondamentale et appliquée de la recherche, devraient être abandonnées.

  • c) Le couplage :

Seul un cadre organisationnel hybride me semble réellement pouvoir tenir compte, à l’heure actuelle, des contraintes et des aspirations, et ce dernier conduit à opérer le couplage d’une association loi 1901 à une entreprise : pour un projet, deux structures interdépendantes bien que juridiquement autonomes  (cf. https://www.assistant-juridique.fr/coupler_entreprise.jsp). Avec le couplage comme solution, l’entreprise se voit confier l’activité de services relevant de l’élaboration et de l’encadrement scientifiques du projet, l’association assurant la coordination de la participation du grand public au dispositif de recherche. Les conditions de réalisation du couplage paraissent en effet réunies : la dimension d’ « intérêt général » du projet d’entreprise est contenue dans son objet même consistant à mettre en œuvre un dispositif de recherche-action participative sur des sujets porteurs de cohésion sociale, le couplage de l’association à l’entreprise permet de garantir la « propriété collective » des résultats issus du dispositif, et les « valeurs sociales » de l’entreprise sont au cœur de son intervention en faveur de l’amélioration de la qualité de vie par la recherche-action.

              Dans l’absolu, il faut toutefois signaler qu’un cadre organisationnel unique aurait éventuellement pu accueillir le projet Cohciopost dans la mesure où on peut y trouver des avantages et propriétés cumulés de l’association et de l’entreprise, il s’agit de la Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC). Mais, comme ne manque pas de le souligner la fiche de présentation que lui consacre la BPI, l’une des difficultés significatives que pose la SCIC tient à son mode de structuration : « Ingénierie et délais de constitution (catégories d’associés à réunir, projet à définir collectivement, statuts) » (cf. https://bpifrance-creation.fr/encyclopedie/structures-juridiques/entreprendre-less/scic-societe-cooperative-dinteret-collectif). La SCIC n’est sans doute pas indiquée pour un projet qui démarre mais pourrait peut-être convenir à un changement d’échelle, en outre, pour une activité spécifique de recherche, son adoption serait précipitée sans l’assurance que tous les participants au dispositif connaissent et partagent bien la même « ligne scientifique » ; élément essentiel du « style sociologique ». Or, pour l’instant, COHCIOPOST n’en est qu’au stade du pari… !     

“COHCIOPOST -2/ Côté Thématique” : La Cohésion Sociale, Notion ou/et Concept ?

L’expression « cohésion sociale » tient une place centrale dans le projet Cohciopost ; en effet, elle  constitue la thématique englobant l’ensemble de l’activité de recherche-action à conduire tout au long de la vie de la structure. Pourtant, le sens exact qu’il faudrait lui donner semble louvoyer au gré des définitions qu’en donnent les sociologues qui, d’ailleurs, ne sont pas les seuls à tenter de lui trouver une signification satisfaisante.

Il est vrai que “la cohésion sociale” a le vent en poupe, invoquée à la fois par les chercheurs en sciences sociales, les médias, le personnel politique, ou encore les organisations de la société civile, pour débattre de ce qu’il est convenu d’appeler, plus prosaïquement, “le vivre-ensemble”. Dans le cadre de ce billet, il ne sera tout simplement pas question de discuter de toutes ces diverses interprétations de la  “cohésion sociale” mais, bien plus modestement, il s’agira de se demander s’il vaut mieux considérer cette expression comme une “notion” ou/et un “concept”.      

1. La notion ; un canevas d’orientation des politiques sociales des démocraties modernes

Dans cette tentative d’élucidation de la nature de la cohésion sociale, l’on peut compter sur un premier éclairage édifiant que nous livre Alain Vulbeau, chercheur en sciences de l’éducation :

« Le terme de « cohésion sociale » est à la fois une notion et un concept. Dans le premier cas, il s’agit d’un mot d’ordre des politiques sociales pour désigner une solidarité actualisée ; dans le second, le vocable fait référence à un concept sociologique employé dans le premier tiers du XXe siècle par l’école durkheimienne, notamment par Marcel Mauss et Paul Huvelin. » (https://www.cairn.info/revue-informations-sociales-2010-1-page-17.htm).

Différents auteurs soulignent le fait que la « cohésion sociale » devient, à partir des années 1980, l’expression sous laquelle on regroupe les politiques sociales que l’on met alors en place en Occident en vue de juguler les conséquences fâcheuses de la mondialisation (montée du chômage, crise de l’Etat-providence, détérioration de la confiance envers les institutions…). Dans cette acception, la « cohésion sociale » prend une connotation très politique puisqu’elle est portée, au sein de « la nouvelle gauche », par ceux qui entendent créer une ligne politique nouvelle entre l’individualisme et le socialisme au point de charger la notion de toutes leurs aspirations à des politiques de solidarité, comme n’a pas manqué de le relever le politologue Denis Saint-Martin :

« Ainsi en est-il de la cohésion sociale, une idée « fourre-tout », un concept « valise » étroitement relié au projet de redéfinition de la social-democratie et de construction d’une nouvelle « troisième voie » en Europe et en Amérique du Nord » (dans “Variations sur le thème de la cohésion sociale”, Lien social et Politiques, N° 41, 1999).

Il se trouve qu’en dépit des réserves suscitées par l’usage politique de cette expression, la cohésion sociale sert encore aujourd’hui à subsumer les politiques de solidarité vis-à-vis de différents publics pour des organismes et institutions à l’échelle internationale, nationale ou inférieure. Aussi, entre 2007 et 2014 en France, le Contrat Urbain de Cohésion Sociale (CUCS) a été le fer de lance de la politique de la ville en faveur des quartiers dits prioritaires, et depuis octobre 2018, le portefeuille ministériel relatif à la politique de la ville est inséré dans un grand ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales.

Usant du même terme dans une perspective également politique, la région belge de la Wallonie propose une définition de la cohésion sociale reposant sur la garantie d’un ensemble de droits civiques et socio-économiques :

« La cohésion sociale est définie comme l’ensemble des processus qui contribuent à assurer à tous les individus ou groupes d’individus l’égalité des chances et des conditions, l’accès effectif aux droits fondamentaux et au bien-être économique, social et culturel, afin de permettre à chacun de participer activement à la société et d’y être reconnu, et ce quels que soient son origine nationale ou ethnique, son appartenance culturelle, religieuse ou philosophique, son statut social, son niveau socio-économique, son âge, son orientation sexuelle, sa santé ou son handicap. » (http://cohesionsociale.wallonie.be/content/d%C3%A9finition-de-la-coh%C3%A9sion-sociale). 

Comme notion politique, la « cohésion sociale » tend alors à se chevaucher, voire à se confondre, avec d’autres vocables de son champ sémantique tels que l’ « insertion sociale », l’ « inclusion sociale », la « lutte contre les inégalités sociales et les discriminations », ou encore la « justice sociale »…  

2. Le concept ; un sens minimal partagé à défaut d’une définition de référence

Mais au-delà de la démarcation « notion »/« concept », il faut reconnaître d’emblée que les usages sociologiques de la cohésion sociale n’offrent pas non plus l’assurance d’une définition stabilisée de cette expression. Si l’on y trouve des points de convergence quant au sens qu’il faut lui donner, le sociologue Bertrand Roehner, par exemple, atteste néanmoins que « La cohésion est une notion vaste et floue. Tenter de la définir a priori serait une gageure » (dans Cohésion sociale. Une approche observationnelle, 2004).

De fait, il existe différents « modèles » de la cohésion sociale proposés au sein de la recherche en science sociale, comme l’a notamment exposé Caroline Guibet Lafaye dans le cadre de sa participation en 2010 à un séminaire consacré à cette expression (https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00570010/document).

La “cohésion sociale” fait ainsi référence à différents éléments censés « souder la société », représenter un « ciment social », favoriser le « sentiment d’appartenance » ou encore constituer des « valeurs communes » et pousser à la « participation de chacun à la réalisation de buts partagés » ; en somme, tout ce qui permet aux différentes composantes de la société de “tenir ensemble” ou de “faire bloc”.  

Cependant, dans l’élaboration de ces multiples « modèles » de la cohésion sociale, les éléments mis en avant par les différents auteurs ne sont pas nécessairement les mêmes ; s’agissant des valeurs, par exemple, certains insisteront sur l’égalité quand d’autres mettront plutôt l’accent sur la tolérance : c’est dire que beaucoup de ces modèles se révèlent, en réalité, très normatifs. De même, du point de vue analytique, les auteurs peuvent prendre pour base de construction du modèle les individus, les groupes ou la société elle-même.

A l’origine pourtant, comme l’a mentionné Alain Vulbeau, le “concept” de cohésion sociale a été forgé au sien de l’école durkheimienne, soit bien avant la multiplication des modèles contemporains. Emile Durkheim est, en effet, le premier à « évoquer » cette expression dans son ouvrage portant sur l’importance de la coopération des différentes branches professionnelles en vue du bon fonctionnement de la société perçue comme un organisme vivant :

« Nous sommes ainsi conduits à reconnaître une nouvelle raison qui fait de la division du travail une source de cohésion sociale. Elle ne rend pas seulement les individus solidaires, comme nous l’avons dit jusqu’ici, parce qu’elle limite l’activité de chacun, mais encore parce qu’elle l’augmente. Elle accroît l’unité de l’organisme, par cela seul qu’elle en accroît la vie; du moins, à l’état normal, elle ne produit pas un de ces effets sans l’autre. » (dans De la division du travail social, 1893). 

Il est bien question ici d’une évocation ! Le sujet central demeure la “division du travail” qui se trouve considérée comme « source de cohésion sociale », cette dernière ne faisant nullement l’objet d’une définition. Se penchant sur ce concept, Marcel Mauss, lui non plus, n’en proposera pas une définition même si des éléments essentiels émergent de l’article qu’il a produit en 1931 sur le phénomène d’après sa manifestation au sein des sociétés dites polysegmentaires (http://classiques.uqac.ca/classiques/mauss_marcel/essais_de_socio/T5_cohesion_sociale/cohesion_sociale.html).

 Au bout de son analyse, et déplorant que le sujet ne soit plus traité par la sociologie de son temps, Marcel Mauss présente la cohésion sociale comme la question de l’harmonie entre la société vue comme un tout et les multiples classifications et groupes sociaux dont elle est constituée :

« Cette question de l’harmonie normale des sexes, des âges et des générations, et des divers sous-groupes (clans, castes, classes confréries, etc.), les uns par rapport aux autres, cette question de l’harmonie intérieure à chacun d’eux et du rapport de ces harmonies diverses à l’harmonie générale et à la morale normale de la société (…) ». 

Inscrivant naturellement son analyse, au terme de son article, dans une filiation durkheimienne, Mauss indique alors que son interprétation vaut aussi pour les sociétés occidentales au sein desquelles le choix d’y étudier la cohésion sociale à partir des groupements professionnels – comme l’a effectivement fait Durkheim dans De la division du travail social – n’est lié qu’à la place centrale que ces derniers y occupent. Cette approche fait de la cohésion sociale la question de la structuration des composantes collectives d’une société pour former, d’un point de vue politique, un tout cohérent d’après la vision de la normalité que ladite société a d’elle-même.   

3. Alors, la cohésion sociale au final, notion ou/et concept ?

La chose n’est pas si simple ! L’on vient de voir qu’à l’exemple de Bertrand Roehner, certains chercheurs en science sociale utilisent, eux aussi, le terme de « notion » plutôt que celui de « concept » pour parler de la « cohésion sociale ». L’on ne sera pas plus avancé après un coup d’œil du côté d’un dictionnaire de renom comme l’est Larousse en y constatant que la définition du terme « notion » en fait aussi un « concept » :

« Idée de quelque chose ; concept, abstraction : La notion de liberté. » (https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/notion/55061). 

Par quelle voie sortirions-nous donc de l’indécision ? Je préconiserais, pour ma part, que l’on s’en remette, en pareille situation, à l’usage, l’habitude, la coutume…, d’après l’expérience que l’on a des pratiques en sciences sociales. Dans cette perspective, il m’apparaît que les “concepts” ont dans nos disciplines une “identification” plus forte que les “notions”. Cela signifie qu’un « concept » en science sociale s’identifie en principe à certaines caractéristiques telles que : 

a) – correspondre à une définition explicite d’un phénomène donné ;

b) – s’inscrivant elle-même dans un paradigme – au sens d’un groupe de concepts articulés formant une grille d’analyse et d’interprétation d’un domaine spécifique ou de la totalité du monde social – ;

c) – permettant son rattachement préférentiel à un ou à des auteurs bien identifiés – auquel cas, constituant alors un courant ou une école – ;

d) – et être susceptible de servir de définition de référence pour la discussion du fait social considéré.

Bien évidemment, ces caractéristiques s’associent et s’accentuent différemment selon les cas, mais l’« habitus », par exemple, semble fournir un cas d’école : il exprime l’idée d’un système de dispositions (habitudes socialement incorporées), s’inscrit dans le structuralisme génétique de Pierre Bourdieu et ses émules, enfin, qu’on y adhère ou qu’on le pourfende, fait régulièrement débat au sujet de l’analyse du comportement des êtres sociaux. 

L’on ne saurait en dire autant de la « cohésion sociale » : issue de l’école durkheimienne, on n’y trouve pourtant pas de véritable définition, elle sonne plutôt de nos jours comme une redondance d’autres termes évocateurs des politiques de solidarité, différents auteurs en proposent des définitions pouvant significativement varier (entre, par exemple, ceux qui y voient un « état » par rapport à ceux pour qui elle est un « processus »), ce qui, de fait, empêche d’identifier une définition de référence pouvant servir de base à la discussion scientifique.

Le sort de la « cohésion sociale » s’apparente ainsi à celui de la « culture » dont Denys Cuche a montré que le sens pouvait sensiblement différer d’une discipline à une autre au sein des sciences sociales, quand ce n’est pas déjà le cas dans la même discipline, légitimant qu’elle soit davantage considérée comme une « notion » (dans La notion de culture dans les sciences sociales, 2010) ; nous y voilà !

Compte tenu de tout ce qui précède, je suis enclin à suggérer la distinction mnémotechnique qui suit :

– alors qu’un concept est une notion précise ;

– une notion est plutôt un concept vague.   

 

Oui, mais je n’oublierai cependant pas, pour finir, les enseignements de mon professeur d’anthropologie linguistique, Jean-Baptiste Martin, selon lesquels les mots sont incroyablement vivants : ils naissent, se développent, vieillissent, meurent ; mais peuvent aussi renaître, rajeunir, disparaître ou réapparaître. Tout ceci pour signifier que dans le cours de l’histoire, et en l’occurrence de l’histoire scientifique, une « notion » pouvant tout à fait devenir un « concept » et vice versa, il se peut donc que, consolidée au cours de travaux futurs dans nos disciplines, la « cohésion sociale » puisse légitimement prétendre au rang de « concept ». D’ailleurs, avant d’en faire le concept auquel on associe volontiers sa pensée aujourd’hui, Pierre Bourdieu a bien fait émerger l’« habitus » d’une longue histoire philosophique pour lui donner le contenu et la contemporanéité sociologiques que nous lui connaissons. 

« Cohciopost -1/ Côté Science » : Du parcours personnel à l’aventure collective

Photo d’illustration (Pinterest)

Pour cette première chronique de la section « 1. » se rapportant à la dimension scientifique du projet, je suis amené à évoquer quelques éléments m’ayant conduit, en tant que porteur du projet, à la conception de COHCIOPOST ; ce qui peut correspondre, plus ou moins, à l’explicitation de la fameuse « adéquation Homme/Projet » dans le jargon des spécialistes de l’entrepreneuriat que je fréquente depuis quelque temps. Pour rappel, COHCIOPOST est le nom donné au projet de création d’une « Agence de recherche participative pour la cohésion sociale » et, bien loin d’une quête d’exhaustivité et de linéarité dans l’énoncé des péripéties qui en ont nourri l’élaboration, les indications que je donne ici des sources du projet ne sont livrées que de façon fort schématique.

A. De l’aspiration à une carrière universitaire classique… 

“Je voudrais cependant rappeler dès le départ que toute œuvre scientifique comporte une part d’histoire personnelle, une part d’autobiographie. Il faut avoir cette certitude, et se dépouiller de l’idée que l’on est seulement dans la science et pleinement dans la science, qu’on écrit pour la seule science et seulement avec les mots de la science. Dans le parcours scientifique, on écrit des textes scientifiques, mais sans éliminer les mots que je dirai personnels.”                                                (Georges Balandier)

Au cours de ma formation académique (cf. la page « A propos » de ce carnet de recherche), l’idée même que je puisse travailler pour une entreprise ou, a fortiori, vouloir en créer une, était on ne peut plus éloignée de ce que j’imaginais comme devant être ma destinée professionnelle. Dans mon esprit en effet, mon projet était tout autre puisque j’avais alors le dessein de m’insérer, au terme de ma formation, au sein d’un organisme de recherche tel que l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) ou le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) :

  1. La passion pour la recherche – Au bout de ma deuxième année de licence, ma conviction était faite sur l’idée que ce serait bien la recherche (et non pas l’enseignement, par exemple) qui répondrait le plus à mes attentes et ma curiosité pour ce qui relève du « fonctionnement » de la vie sociale. Pour s’en convaincre, j’évoquerai dans le cadre de ce bref exposé, le fait que la science sociale, pratiquée avec rigueur, amène à découvrir que la meilleure voie pour satisfaire à la célèbre invite popularisée par Socrate (et dont l’origine demeure controversée) ; « connais-toi toi-même », passe en réalité par la connaissance préalable des autres. En effet, loin des introspections, des méditations sur sa vie, des coachings en tous genres, etc., on ne découvre qui l’on est socialement que par similitude et par contraste avec Autrui d’après les caractéristiques sociales que l’on a en commun ou en opposition avec lui : la connaissance des autres est donc une condition sine qua non de la connaissance de soi ; c’est l’une des premières grandes leçons que j’ai tirées de la pratique de la science sociale !     
  1. La quête de sens en vue de partager mon intérêt pour la science sociale – Cependant, même intimement convaincus du potentiel apport de la science sociale à la société, mes camarades de promotion et moi-même éprouvions déjà d’énormes difficultés à faire état autour de nous de « réalisations concrètes » ou de « matérialisations tangibles » de sciences comme la sociologie et l’anthropologie au-delà de la production de livres et d’articles que, au demeurant, peu de gens lisent en dehors du Landerneau du monde académique. A contrario, qui pourrait sérieusement se poser la question de l’intérêt pratique de la médecine, de la physique ou de la biologie alors que, aujourd’hui encore, des sociologues de renom écrivent des livres pour tenter d’expliquer ce à quoi sert (vraiment) la sociologie ? Mais en ce temps-là, la question de l’affirmation de l’utilité des sciences sociales était un peu secondaire dans la mesure où la priorité était de terminer sa formation pour bien s’insérer dans le monde universitaire avant, éventuellement, de « transférer » quelque apport de la science sociale vers la société par le biais, par exemple, d’un investissement personnel dans le milieu associatif.
  1. Le poids du handicap sur la trajectoire professionnelle – Porteur d’un handicap visuel, il m’a par ailleurs fallu réaliser que plus je progressais vers cet objectif plus aussi les difficultés se corsaient au point que, si le projet professionnel initial n’était pas rendu impossible, il fallait néanmoins accepter, contraint et frustré, de revoir ses ambitions à la baisse. Un seul exemple ? La participation à des événements académiques (conférences, journées d’études, colloques…) octroie de meilleures chances d’insertion professionnelle, or pour une personne handicapée, la double question de la mobilité (déjà en France et encore plus à l’international) et de l’accessibilité (lorsque les présentations s’appuient sur un vidéoprojecteur par exemple) pose des défis d’organisation (et d’argent) qui sont loin d’être aisément surmontables. Le risque est alors grand qu’à terme l’on se retrouve à pratiquer la recherche dans des conditions qui ne procurent plus, à la longue, qu’insatisfaction et démotivation.

Toutes ces considérations se cumulant à d’autres dans l’élaboration de mon parcours professionnel m’ont progressivement conduit à mûrir l’idée qu’il pourrait peut-être s’avérer plus judicieux, dans la perspective de conditions d’exercice plus en harmonie avec ma personnalité et mes inclinations scientifiques, de changer sensiblement de braquet (pour reprendre à mon compte une métaphore cycliste) ; et c’est ainsi qu’a lentement émergé le projet COHCIOPOST.

B. … à Cohciopost, ou « comment changer de cap sans virer de bord »

“Il faut être prêt à se débarrasser de la vie qu’on a prévue pour avoir la vie qui nous attend.”                                                                                        (Joseph Campbell) 

Tant que nous y sommes, filons donc la métaphore sportive en passant du vélo à la voile qui, bien qu’elle puisse parfois se pratiquer en solitaire, demeure fondamentalement, encore plus que le vélo, un sport d’équipe : ce qui donne une bonne vision de ce que peut refléter Cohciopost ! Avec ce projet en effet, les trois dimensions abordées précédemment trouvent une nouvelle orientation par l’adoption d’une perspective plus collective :

  1. De la recherche classique à la recherche-action participative – D’ordinaire, l’insertion et l’évolution de carrière en milieu académique reposent avant tout sur la production et l’évaluation de travaux personnels (et de façon sans doute accrue avec la – « darwinienne » – Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche (LPPR) qui met actuellement l’Université en émoi). En revanche, la recherche-action participative est un mode de production de connaissances qui rassemble nécessairement chercheurs professionnels et simples citoyens œuvrant à la réalisation de projets de recherche ancrés dans des processus de transformation sociale. Il s’agit d’utiliser les outils de la science dans le cadre d’un engagement social et civique autour duquel s’agrègent divers acteurs voulant s’attaquer, en vue de les résoudre autant que faire se peut, à des difficultés et problèmes identifiés dans différents domaines de la vie (environnement, santé, lien social, agriculture, économie, culture, etc.) ; le champ d’application en est très étendu.  
  1. La quête de sens comblée par la Cohésion sociale et l’ESS – Pour ce qui est de Cohciopost, le champ d’application de la recherche-action participative recouvre tous les sujets pouvant s’inscrire dans la thématique globale de la cohésion sociale qui, grosso modo, fait référence à l’ensemble des valeurs, des activités et des institutions vouées à la formation, à la consolidation et à la perpétuation du sentiment d’appartenance mutuelle à une collectivité humaine à des échelles variables (locale, régionale, nationale…) en mettant ainsi en avant l’intérêt collectif. De fait, une telle approche de la recherche-action participative est tout à fait compatible avec l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) qui regroupe les structures associatives, mutualistes et entrepreneuriales attentives à l’intérêt général et soucieuses de défendre un modèle économique plus vertueux du point de vue social et environnemental. Par ailleurs, en s’ouvrant à l’implication citoyenne à travers son dispositif de recherche, Cohciopost se positionne comme canal de médiation scientifique, ce qui met donc immédiatement en partage l’intérêt pour la science sociale.
  1. L’impact du handicap allégé par le dispositif spécifique de recherche – Parce qu’il est question de recherche participative, d’insertion au sein de l’Economie Sociale et Solidaire et de plateforme numérique collaborative, la gêne occasionnée par le handicap dans l’épanouissement professionnel devrait s’en trouver significativement amoindrie. La recherche participative est (comme) un sport d’équipe impliquant que les uns puissent s’appuyer sur les autres en termes d’aptitudes physiques, intellectuelles, culturelles, scientifiques, etc. Pour sa part, l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) s’intéresse prioritairement à des questions d’intérêt général à dimension locale même si, bien évidemment, les initiatives conduites par les structures membres doivent pouvoir être transposables à d’autres territoires. Mais, du moins au démarrage d’un projet, la question des mobilités est d’abord confinée à un périmètre géographique pouvant raisonnablement être circonscrit. Sur le volet de l’accessibilité, une réponse satisfaisante est fournie avec la plateforme numérique collaborative dont le fonctionnement a été spécialement conçu pour être pleinement inclusif.

Au final, sur cette question de l’ « adéquation Homme/Projet », Cohciopost ne saurait constituer un pur renoncement à ce qu’était mon ambition professionnelle initiale, bien au contraire, il crée les conditions d’une pratique de la recherche me permettant d’y intégrer, plus tôt que prévu, des considérations en termes d’utilité sociale, d’éthique et de faisabilité.   

5, 4, 3, 2, 1 ; COHCIOPOST !

Mis en avant

COHCIOPOST est un projet appelé à prendre corps en ce début d’année 2020 ! En tant que porteur du projet, COHCIOPOST traduit l’ambition que j’ai d’inscrire mon activité professionnelle (1. la recherche en science sociale) dans une aventure voulue collective par l’articulation de l’ensemble des éléments constitutifs que sont :    

– une thématique citoyenne (2. autour de sujets relatifs à la cohésion sociale) ;

– une gouvernance inclusive (3. avec l’élaboration d’un couplage entreprise/association) ;

–  un fonctionnement participatif (4. grâce à une plateforme numérique collaborative) ;

– et enfin des principes d’action éthiques (5. à travers une insertion au sein de  l’Economie Sociale et Solidaire – ESS).

5, 4, 3, 2, 1 ?

C’est ici un procédé mnémotechnique consistant, tout d’abord, à associer à chacun des cinq points évoqués ci-dessus ; piliers de la structuration du projet COHCIOPOST, un identifiant numérique et c’est, par ailleurs, une manière d’évoquer le décompte qui nous conduit désormais sur le chemin du lancement effectif des activités à mener dans le cadre de la réalisation du projet.  

En prélude au démarrage de ces mêmes activités, les billets proposés dans cette partie du blog ont précisément pour mission de familiariser les lecteurs/lectrices à ces cinq points essentiels du projet afin de leur permettre d’en saisir l’enchevêtrement.

COHCIOPOST ?

C’est la dénomination donnée au projet ; in extenso, elle correspond à :

– « Agence Socioanthropologique de Recherche-action participative Pour la Cohésion sociale » qui, sous une forme condensée, devient :

– « Agence de recherche participative pour la cohésion sociale ».

Ainsi, les trois syllabes qui composent le nom COHCIOPOST renvoient à des aspects particulièrement importants du projet :

– « COH » fait bien sûr référence à la thématique de la cohésion sociale ;

– « CIO » se rapporte à l’objet d’étude de la science sociale qu’est le (monde) « social » et, par extension, à l’une de ses disciplines emblématiques qu’est la « sociologie » (aussi familièrement appelée la « socio ») sous la forme particulière de la « socioanthropologie » dont la pratique est revendiquée dans le cadre de ce projet ;

– « POST » enfin suggère la dimension participative ou collaborative accolée au fonctionnement du projet, notamment au sujet de l’animation de sa plateforme numérique.   

En somme, le projet vise à contribuer au renforcement de la cohésion sociale au moyen des outils de la socioanthropologie dans des dispositifs de recherche-action participative.            

ET MAINTENANT… ? 

Comme annoncé plus haut, les billets publiés dans cette section du blog ont pour but d’assurer la vulgarisation du projet par la présentation synthétique de ses dimensions majeures précédemment mentionnées. Cette présentation prend la forme de chroniques portant sur différents aspects des cinq piliers du projet d’après les numéros qui leur ont été attribués : 

– « COHCIOPOST -1/ Côté Science » regroupe les chroniques ayant trait aux implications scientifiques découlant de la mise en œuvre du projet ;

– « COHCIOPOST -2/ Côté Thématique » rassemble les billets relatifs au domaine de recherche que constitue, dans le cadre du projet, la cohésion sociale ;

 – « COHCIOPOST -3/ Côté Gouvernance » fait le lien entre les sujets se rapportant à l’articulation des structures commerciale et associative du projet ;

– «  COHCIOPOST -4/ Côté Participation » aborde les modalités par lesquelles, en s’adressant au grand public, le projet s’ouvre à l’implication citoyenne ;

– « COHCIOPOST -5/ Côté Ethique » relate de quelle façon, dans sa conception et dans sa réalisation, le projet prend place parmi les structures de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS).  

Les distinctions et les découpages ainsi opérés au sein de ces cinq points fondamentaux peuvent, il est vrai, avoir quelque chose d’un peu arbitraire tant c’est bien l’imbrication de tous ces éléments qui fait l’originalité et l’identité même du projet de manière à le rendre « unique ». Mais, pour les besoins de clarté et de concision, ces arbitrages ont été jugés préférables pour servir une présentation du projet n’obéissant qu’à un seul leitmotiv : l’incitation à le découvrir….