« Cohciopost -1/ Côté Science » : Du parcours personnel à l’aventure collective

Photo d’illustration (Pinterest)

Pour cette première chronique de la section « 1. » se rapportant à la dimension scientifique du projet, je suis amené à évoquer quelques éléments m’ayant conduit, en tant que porteur du projet, à la conception de COHCIOPOST ; ce qui peut correspondre, plus ou moins, à l’explicitation de la fameuse « adéquation Homme/Projet » dans le jargon des spécialistes de l’entrepreneuriat que je fréquente depuis quelque temps. Pour rappel, COHCIOPOST est le nom donné au projet de création d’une « Agence de recherche participative pour la cohésion sociale » et, bien loin d’une quête d’exhaustivité et de linéarité dans l’énoncé des péripéties qui en ont nourri l’élaboration, les indications que je donne ici des sources du projet ne sont livrées que de façon fort schématique.

A. De l’aspiration à une carrière universitaire classique… 

“Je voudrais cependant rappeler dès le départ que toute œuvre scientifique comporte une part d’histoire personnelle, une part d’autobiographie. Il faut avoir cette certitude, et se dépouiller de l’idée que l’on est seulement dans la science et pleinement dans la science, qu’on écrit pour la seule science et seulement avec les mots de la science. Dans le parcours scientifique, on écrit des textes scientifiques, mais sans éliminer les mots que je dirai personnels.”                                                (Georges Balandier)

Au cours de ma formation académique (cf. la page « A propos » de ce carnet de recherche), l’idée même que je puisse travailler pour une entreprise ou, a fortiori, vouloir en créer une, était on ne peut plus éloignée de ce que j’imaginais comme devant être ma destinée professionnelle. Dans mon esprit en effet, mon projet était tout autre puisque j’avais alors le dessein de m’insérer, au terme de ma formation, au sein d’un organisme de recherche tel que l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) ou le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) :

  1. La passion pour la recherche – Au bout de ma deuxième année de licence, ma conviction était faite sur l’idée que ce serait bien la recherche (et non pas l’enseignement, par exemple) qui répondrait le plus à mes attentes et ma curiosité pour ce qui relève du « fonctionnement » de la vie sociale. Pour s’en convaincre, j’évoquerai dans le cadre de ce bref exposé, le fait que la science sociale, pratiquée avec rigueur, amène à découvrir que la meilleure voie pour satisfaire à la célèbre invite popularisée par Socrate (et dont l’origine demeure controversée) ; « connais-toi toi-même », passe en réalité par la connaissance préalable des autres. En effet, loin des introspections, des méditations sur sa vie, des coachings en tous genres, etc., on ne découvre qui l’on est socialement que par similitude et par contraste avec Autrui d’après les caractéristiques sociales que l’on a en commun ou en opposition avec lui : la connaissance des autres est donc une condition sine qua non de la connaissance de soi ; c’est l’une des premières grandes leçons que j’ai tirées de la pratique de la science sociale !     
  1. La quête de sens en vue de partager mon intérêt pour la science sociale – Cependant, même intimement convaincus du potentiel apport de la science sociale à la société, mes camarades de promotion et moi-même éprouvions déjà d’énormes difficultés à faire état autour de nous de « réalisations concrètes » ou de « matérialisations tangibles » de sciences comme la sociologie et l’anthropologie au-delà de la production de livres et d’articles que, au demeurant, peu de gens lisent en dehors du Landerneau du monde académique. A contrario, qui pourrait sérieusement se poser la question de l’intérêt pratique de la médecine, de la physique ou de la biologie alors que, aujourd’hui encore, des sociologues de renom écrivent des livres pour tenter d’expliquer ce à quoi sert (vraiment) la sociologie ? Mais en ce temps-là, la question de l’affirmation de l’utilité des sciences sociales était un peu secondaire dans la mesure où la priorité était de terminer sa formation pour bien s’insérer dans le monde universitaire avant, éventuellement, de « transférer » quelque apport de la science sociale vers la société par le biais, par exemple, d’un investissement personnel dans le milieu associatif.
  1. Le poids du handicap sur la trajectoire professionnelle – Porteur d’un handicap visuel, il m’a par ailleurs fallu réaliser que plus je progressais vers cet objectif plus aussi les difficultés se corsaient au point que, si le projet professionnel initial n’était pas rendu impossible, il fallait néanmoins accepter, contraint et frustré, de revoir ses ambitions à la baisse. Un seul exemple ? La participation à des événements académiques (conférences, journées d’études, colloques…) octroie de meilleures chances d’insertion professionnelle, or pour une personne handicapée, la double question de la mobilité (déjà en France et encore plus à l’international) et de l’accessibilité (lorsque les présentations s’appuient sur un vidéoprojecteur par exemple) pose des défis d’organisation (et d’argent) qui sont loin d’être aisément surmontables. Le risque est alors grand qu’à terme l’on se retrouve à pratiquer la recherche dans des conditions qui ne procurent plus, à la longue, qu’insatisfaction et démotivation.

Toutes ces considérations se cumulant à d’autres dans l’élaboration de mon parcours professionnel m’ont progressivement conduit à mûrir l’idée qu’il pourrait peut-être s’avérer plus judicieux, dans la perspective de conditions d’exercice plus en harmonie avec ma personnalité et mes inclinations scientifiques, de changer sensiblement de braquet (pour reprendre à mon compte une métaphore cycliste) ; et c’est ainsi qu’a lentement émergé le projet COHCIOPOST.

B. … à Cohciopost, ou « comment changer de cap sans virer de bord »

“Il faut être prêt à se débarrasser de la vie qu’on a prévue pour avoir la vie qui nous attend.”                                                                                        (Joseph Campbell) 

Tant que nous y sommes, filons donc la métaphore sportive en passant du vélo à la voile qui, bien qu’elle puisse parfois se pratiquer en solitaire, demeure fondamentalement, encore plus que le vélo, un sport d’équipe : ce qui donne une bonne vision de ce que peut refléter Cohciopost ! Avec ce projet en effet, les trois dimensions abordées précédemment trouvent une nouvelle orientation par l’adoption d’une perspective plus collective :

  1. De la recherche classique à la recherche-action participative – D’ordinaire, l’insertion et l’évolution de carrière en milieu académique reposent avant tout sur la production et l’évaluation de travaux personnels (et de façon sans doute accrue avec la – « darwinienne » – Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche (LPPR) qui met actuellement l’Université en émoi). En revanche, la recherche-action participative est un mode de production de connaissances qui rassemble nécessairement chercheurs professionnels et simples citoyens œuvrant à la réalisation de projets de recherche ancrés dans des processus de transformation sociale. Il s’agit d’utiliser les outils de la science dans le cadre d’un engagement social et civique autour duquel s’agrègent divers acteurs voulant s’attaquer, en vue de les résoudre autant que faire se peut, à des difficultés et problèmes identifiés dans différents domaines de la vie (environnement, santé, lien social, agriculture, économie, culture, etc.) ; le champ d’application en est très étendu.  
  1. La quête de sens comblée par la Cohésion sociale et l’ESS – Pour ce qui est de Cohciopost, le champ d’application de la recherche-action participative recouvre tous les sujets pouvant s’inscrire dans la thématique globale de la cohésion sociale qui, grosso modo, fait référence à l’ensemble des valeurs, des activités et des institutions vouées à la formation, à la consolidation et à la perpétuation du sentiment d’appartenance mutuelle à une collectivité humaine à des échelles variables (locale, régionale, nationale…) en mettant ainsi en avant l’intérêt collectif. De fait, une telle approche de la recherche-action participative est tout à fait compatible avec l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) qui regroupe les structures associatives, mutualistes et entrepreneuriales attentives à l’intérêt général et soucieuses de défendre un modèle économique plus vertueux du point de vue social et environnemental. Par ailleurs, en s’ouvrant à l’implication citoyenne à travers son dispositif de recherche, Cohciopost se positionne comme canal de médiation scientifique, ce qui met donc immédiatement en partage l’intérêt pour la science sociale.
  1. L’impact du handicap allégé par le dispositif spécifique de recherche – Parce qu’il est question de recherche participative, d’insertion au sein de l’Economie Sociale et Solidaire et de plateforme numérique collaborative, la gêne occasionnée par le handicap dans l’épanouissement professionnel devrait s’en trouver significativement amoindrie. La recherche participative est (comme) un sport d’équipe impliquant que les uns puissent s’appuyer sur les autres en termes d’aptitudes physiques, intellectuelles, culturelles, scientifiques, etc. Pour sa part, l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) s’intéresse prioritairement à des questions d’intérêt général à dimension locale même si, bien évidemment, les initiatives conduites par les structures membres doivent pouvoir être transposables à d’autres territoires. Mais, du moins au démarrage d’un projet, la question des mobilités est d’abord confinée à un périmètre géographique pouvant raisonnablement être circonscrit. Sur le volet de l’accessibilité, une réponse satisfaisante est fournie avec la plateforme numérique collaborative dont le fonctionnement a été spécialement conçu pour être pleinement inclusif.

Au final, sur cette question de l’ « adéquation Homme/Projet », Cohciopost ne saurait constituer un pur renoncement à ce qu’était mon ambition professionnelle initiale, bien au contraire, il crée les conditions d’une pratique de la recherche me permettant d’y intégrer, plus tôt que prévu, des considérations en termes d’utilité sociale, d’éthique et de faisabilité.   


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Landry Ebang (17 février 2020). « Cohciopost -1/ Côté Science » : Du parcours personnel à l’aventure collective. La Médiation Scientifique par la Recherche Participative & le Théâtre. Consulté le 7 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/ny0e


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